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lundi, 30 juin 2025

SecEM, 24 _°_ tablier, jupes, basques

17 janvier, 14 h

    J’enchaîne ce même jour avec le chapitre 11 (18.247 signes). Au moins le titre (Saltpond) ne va pas me donner la migraine. Dès le premier paragraphe, je dois effacer une formulation sans doute très élaborée, mais qui me semble tomber à plat : « In the 1740s, though, when it overtook Bristol, its commerce had been altogether more specialized and savage, centered on a trade in enslaved Africans. Now, what it was re-exporting was a man on a mission, albeit self-appointed and largely unheralded, to free his country, and all of Africa, from colonial rule. » L’analogie qui souligne qu’après avoir importé des millions d’esclavisés noirs Liverpool exportait ce jour-là un grand homme (Nkrumah) me paraît maladroite ; je ne vois pas comment la traduire sans que le texte ne soit malaisant. Je sabre.

 

18 janvier, 7 h

Je reprends ce chapitre, dont j’avais traduit 3 pages hier après-midi ; il m’en reste 4. Première chose que je vois en ouvrant le fichier Word, bien sûr : la première phrase du chapitre 11. Hier, face à la lourdeur des hypothèses, j’avais fini par effacer (omettre) la fin de la phrase anglaise (with products of all kinds) : « Les docks de Liverpool ont approvisionné le monde entier. » Et là, c’est terrible, en relisant la phrase, j’ai tout de suite trouvé la bonne formule qui m’échappait hier : « Les docks de Liverpool ont approvisionné le monde entier en marchandises diverses. » J’ai un peu honte de l’écrire, mais l’expression toute faite m’est sans doute venue à l’esprit à cause de la chanson de Nino Ferrer, Mamadou Mémé :

Mamadou Mémé faisait du commerce

Il vendait des marchandises diverses

Bref, reprenons le fil de cette traduction.

 

7 h 30

À la page 139, French écrit ceci, en se trompant légèrement dans le sens de la locution latine ipso facto : « With his political life now beginning in earnest, the gospels spilled over into the way he thought and spoke about himself, at least in his ipso facto storytelling. » J’ai donc traduit différemment : « Au moment où commençait pour de bon sa carrière politique, sa manière de parler et de penser était pétrie de références aux Évangiles, à tout le moins si l’on en croit sa version des faits. » Toutefois, j’ai procédé par compensation, en utilisant cette même locution latine à la dernière phrase du paragraphe précédent, et ce alors qu’il ne se trouve pas dans le texte anglais : « Pour citer une formule à la mode au Ghana, à l’époque comme aujourd'hui, Nkrumah était un « petit garçon » : ipso facto, un pantin dont les hauts dignitaires de l’UGCC tireraient les ficelles. » — On s’amuse, hein…

 

10 h 05

Chapitre terminé. 19.450 signes, soit 6,5% de foisonnement : très bien, ça me fait une moyenne inférieure à 10% avec le chapitre 10 traduit hier. J’ai sans doute surtraduit la phrase suivante, au milieu du chapitre : “But instead of immediately heading to meet with the group, he traveled to Tarkwa, the venerable western mining town, whose clustered workers’ bungalows, smokestacks, and rock crushing works clung to the apron of old pits.” En effet, comme dans le même paragraphe, deux lignes plus loin, le texte raconte les retrouvailles de Nkrumah avec sa « mère adorée », j’ai choisi de comprendre apron, non comme une métaphore figée au sens purement géologique (comme l’autre occurrence d’apron dans le livre), mais comme une sorte de prolepse avec personnification : les bâtiments miniers sont construits autour des fosses à ciel ouvert comme une nuée d’enfants traînant dans les jupes de leur mère. Voici donc mon premier jet : « Au lieu d’aller aussitôt rencontrer les responsables du parti, il se rendit dans la bonne vieille ville minière de Tarkwa, à l’ouest du pays ; là, les bicoques des ouvriers, les cheminées d’usines et les concasseurs de roches entouraient les fosses minières comme autant d’enfants accrochés au tablier de leur mère. ». Problème, l’image en français est plutôt celle des jupes ou des basques. C’est un premier jet, ce que j’ai d’ailleurs signalé avec un fluorotage rose du SP final. (Les fluorotages jaunes me servent à indiquer une citation dont je dois retrouver, soit la version originale quand French cite un auteur français en anglais, soit la traduction publiée, quand il cite par exemple un texte de Nkrumah qui a fait l’objet d’une publication en français.)

 

10:15 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

dimanche, 29 juin 2025

SecEM, 25 _°_ dix pages par jour

18 janvier, 11 h 25

    À titre de « préparation de copie », je viens de copier-coller, comme je le fais à chaque fois que j’“attaque” un chapitre, le texte anglais à partir du PDF non protégé que l’éditeur a pu me fournir lors de la signature du contrat. Cela me permet d’avoir le texte anglais dans le même fichier, et surtout de traduire § par §. En procédant à cet assez fastidieux copier-coller (fastidieux, car il faut que je réassemble toutes les lignes), je survole le texte du chapitre (j’ai lu le livre en juin dernier donc un petit rafraîchissement de mémoire n’est pas inutile) et ça me permet même de penser immédiatement à des solutions pour les éléments lexicaux ; par exemple, j’ai vu passer « proto party » et j’ai aussitôt pensé à « embryon de parti » ou « parti embryonnaire ». Je peux aussi repérer des passages qui sont des citations requérant de pénibles recherches sur le Web afin d’en trouver l’original ou la traduction publiée. Tout à l’heure j’ai aussi lu une expression imagée que je ne connaissais pas : gilding the lily. (J’ai compris ça, vite fait, comme « embellir le tableau », mais il faudra vérifier.)

Ce chapitre (12) est long de 12 pages et de 31.362 signes. Si j’en traduis la moitié aujourd’hui, ce sera bien, car ça voudra dire qu’avec la fin du chapitre 11 je serai à mon étiage idéal de 10 pages par jour.

 

14 h 30

Traduit 4 pages en deux temps. Là, je vais faire une pause (promenade puis match de rugby à la télé puis préparation de l’émission de radio de demain).

 

19 h 30

Après une petite heure supplémentaire, j’ai traduit la moitié du chapitre 12, donc 10 pages aujourd’hui. Il faudra le terminer demain, et si possible commencer le suivant.

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19:35 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 28 juin 2025

SecEM, 26 -°- avecque la mangou-ous-te

19 janvier

14 h 30

    Je m’y mets tard, en raison de l’émission de radio et de quelques bricoles de boulot. Je doute de traduire 10 pages aujourd’hui, et demain moins encore.

 

17 h

Mis le point final à la dernière phrase au moment où Soazig s’en allait : six pages traduites pendant le ménage complet des deux étages. 33.774 signes, soit un foisonnement encore nettement inférieur à 10%. C’est très bien : je serai moins payé (vu que l’éditeur avait calibré à 15% je crois) mais le livre sera plus digeste, plus lisible.

Je me suis un peu amusé avec la fameuse expression gilding the lily, que j’ai fini par traduire par ne pas y aller avec le dos de la cuillère ; ça fonctionnait bien, dans le contexte. Les dictionnaires donnaient en faire trop, mais justement : se méfier des équivalences (j’ai écrit ça il n’y a pas longtemps, mais où ?).

Capture.PNGFrench dit que Nkrumah eut pour seul compagnon de cellule, pendant ses six semaines au secret, une mangouste, qu’il consacre une phrase de trois lignes à décrire. Je traduis, je ne pose pas de question, mais tout de même, en 2025, alors que Google existe depuis un quart de siècle, et Wikipédia depuis vingt ans, quel sens ça a, même en imaginant l’inculture du lectorat (américain), d’expliquer ce qu’est une mangouste ? Peut-être est-ce pour attirer l’attention du lectorat sur l’animal qu’il a choisi pour le titre du chapitre… pour ma part, j’y lis une subtile allusion politique, Nkrumah s’étant retrouvé isolé des leaders de l’UGCC à la suite des émeutes de février 1948 et de cette détention. En tout cas, on s’attend – et c’est déceptif – à ce que le titre (The Mongoose) indique quelque surnom dont aurait été affublé Nkrumah.

 

17:29 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 27 juin 2025

SecEM, 27 -°- le chapitre 13

21 janvier 2026

6 h 45

    Pas pu traduire hier, mais je m’y attendais : séminaire de l’EHESS sur Fanon le matin, Secret Santa, déjeuner avec Ezra, cérémonie des vœux, réunion des capitaines d’équipe au Réveil Sportif…

Aujourd’hui je dois traduire les douze pages du chapitre 13.

C’est tout.

Le chapitre 13 compte 32.823 signes.

(C’est étrange, cet usage transitif du verbe compter avec l’objet du calcul en sujet. Encore un énième contre-exemple à opposer aux tenants du cartésianisme de la langue française.)

 

7 h 50

Trois pages en une heure ! — ne vai pas dourat, hélas.

J’ai clos ce premier acte en hésitant beaucoup pour traduire la phrase avec expression figée imagée : The tail was now wagging the dog.

Il s’agit du moment où les jeunes partisans de Nkrumah, fondant le CPP, semblent le déborder un peu. Possibilités :

  • Il se faisait quelque peu déborder par sa base.
  • Le peuple prenait franchement le contrôle.
  • La situation s’inversait.

 

Là encore, les solutions proposées par les dictionnaires ne conviennent pas du tout (se méfier des équivalences ou modulations lexicalisées, ditto) : c’est le monde à l’envers. Alors, oui, en général, la queue qui remue le chien, ça implique quelque chose d’impossible, de contre-nature en quelque sorte, mais ici – et c’est peut-être French qui l’emploie abusivement – les décisions des jeunes partisans de Nkrumah vont totalement dans son sens. C’est juste que Nkrumah hésitait davantage et qu’ils lui forcent la main. Tiens, autre possibilité :

  • Il se faisait un peu forcer la main.

 

J’ai aussi appris, en vérifiant que l’expression n’incluait pas de préposition, la « valse hésitation » (terme que je n’avais employé ou entendu qu’à l’oral, jamais vu écrit) était bel et bien une sorte de danse, et que, dans son sens figuré, elle prend un trait d’union. J’ai découvert aussi un tableau de Magritte ainsi intitulé, et noté, sans surprise, que le TLFi citait le Figaro, mais pas la chanson de Brassens que j’associe à cette expression (Le vieux Normand).

 

9 h 50

À la page 162, il y a cette formule : it was a mere gift horse designed to frustrate and constrain the CPP. Le cheval donné (qui permettrait théoriquement une équivalence, si ce n’est que l’expression est ici tronquée : to look a gift horse in the mouth >< à cheval donné on ne regarde pas les dents – se montrer regardant), j’ai choisi de le traduire ici par cadeau empoisonné, redoublant ainsi le gift anglais (on) et le Gift allemand (poison), qui n’a rien à voir dans l’affaire : c’est la coïncidence du plurilinguisme. Je suis moins convaincu par la suite de ma traduction : ce n’était qu’un cadeau empoisonné pour que le CPP se retrouve pieds et poings liés. J’avais songé à « pour lier les mains au CPP », mais je pense que cette expression est plus désuète, moins compréhensible aujourd’hui.

 

10 h 10

Huit pages traduites. Je traduirai bien tout le chapitre 13 aujourd’hui. Il fait (très) beau mais je vais aller faire un peu de vélo d’appartement au sous-sol, histoire de me détendre le dos et de fatiguer la bête.

 

12 h 30

Fini ! Douze pages en à peine six heures (dont au moins 1 h 30 d’interruption, en mettant diverses bricoles bout à bout). Si je réussis à garder ce rythme-là sur les quatre journées que je peux consacrer pleinement à la traduction (mardi, mercredi, samedi et dimanche), je n’aurai pas de mal à rattraper mon retard. Mon texte non relu non dégrossi atteint les 36.000 signes, je suis donc toujours un peu en-dessous de 10%. Et pourtant j’enlève de toutes petites choses (inutiles) par ci par là. Un exemple intéressant : night-time curfew – que j’avais d’abord traduit presque littéralement par « couvre-feu nocturne ». Je me suis posé beaucoup de questions, mais je trouve l’expression française, telle quelle, ridicule car redondante. Sans doute est-ce parce que le mot est nettement plus transparent en français : curfew est une déformation du français, et plus aucun anglophone ne peut lire son sens dans sa forme. La rupture entre le signifiant et le signifié est totale, de sorte que l’adjectif night-time ne donne pas la même impression de pléonasme.

 

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jeudi, 26 juin 2025

SecEM, 28 -°- l'esbroufe mystique

21 janvier 2026

14 h 30

    Le chapitre 14 compte 35.668 signes. Ce livre est quand même monstrueux. Comme j’ai déjà traduit douze pages aujourd’hui, je ne ferai sans doute guère mieux qu’effleurer ce chapitre-ci, long de 14 pages.

 

23 janvier

6 h 22

Sept pages sur 14 traduites entre mercredi soir et jeudi. Aujourd’hui il faut au minimum que je termine ce chapitre. Je relisais les premiers billets de ces carnets de traduction, et m'aperçois que je divaguais ou digressais nettement plus au début. Depuis que je m’y suis remis, il y a une semaine, on sent que je n’ai pas de temps à perdre, et donc, hélas, les développements sur des points lexicaux, culturels ou traductologiques en pâtissent. C’est un peu dommage, mais qui a le temps de traduire 700.000 signes en dix semaines en parallèle de son emploi principal, et d’écrire de surcroît des commentaires de son travail ?

 

8 h 25

J’avais dû mal compter car il me reste deux grosses pages seulement.

Je me suis pas mal amusé à traduire l’extrait de la correspondance d’Arden-Clarke, dont contrairement aux nombreux extraits de l’autobiographie de Nkrumah, je ne serai pas obligé d’aller chercher la traduction publiée et que je peux donc traduire moi-même. Quand il écrit de Nkrumah qu’il a peu d’humour (He has little sense of humor), j’étais à deux doigts d’écrire : il rit quand il se brûle. Pour scallywags, je n’ai pas trouvé le nom qui traduise précisément la nuance très british et très arrogante du terme. J’ai donc donné la priorité au sens (fripouilles).

 

WhatsApp Image 2026-01-24 at 08.02.29.jpegAutant je suis hyper d’accord avec Howard French, autant j’ai connu des syntagmes nominaux plus faciles à traduire. Ça n’a un peu aucun sens ici, donc j’ai mis : « Avec son casque à plumes, ses épaulettes dorées son écharpe rouge et les médailles ornant son poitrail, chacune représentant un des trois saints tutélaires du royaume, Saint Michel, Saint Georges et Saint Jacques, il incarnait à la perfection le don des Britanniques pour l’esbroufe mystique. » J’ai écrit à mon amie Lucie, qui me faisait remarquer qu’il était tentant d’omettre cosmological, que j’avais aussi pensé à un étoffement du style « l’esbroufe sur fond de kitsch cosmologique » mais qu’il vaut mieux alléger avec un faux-sens (surtout quand le texte d'origine est un peu un non-sens).

 

9 h 25

Fini. 39.578 signes, soit 11% de foisonnement (y penser quand je relirai (sabrer)).

Je me suis fait rire – il faut bien – en imaginant deux traductions différentes des premiers mots du dernier paragraphe : Beyond these grace notes… Il s’agit de remettre en perspective les propos tenus par Nkrumah pour passer la brosse à reluire, mais de façon purement diplomatique, au gouvernement colonial britannique lors de l’ouverture du nouveau Parlement en 1951. J’ai donc feint d’hésiter entre « Nonobstant ce ton melliflu » et « En dépit de ces propos bienveillants ». Bien sûr, c’est la seconde solution que j’ai choisie (et d’ailleurs je crois même l’avoir écrite en premier).

 

Capture.PNG

 

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mercredi, 25 juin 2025

SecEM, 29 -°- une seccrétaire “bien charpentée” [criiiinge]

24 janvier

 10 h

    13.885 signes dans le chapitre 15.

 

13 h

Fini. Ça dépote. 15.155 signes, soit à peine en-dessous de 10%.

Quand j’envisage d’alléger, je me dis qu’une des manières de le faire serait de supprimer carrément les notations physiques que French se sent obligé d’ajouter dès qu’il introduit un nouveau personnage. Je dis bien personnage, car même s’il s’agit d’un ouvrage d’histoire, French, en cela, tente, non pas de romancer, mais d’écrire un peu à la façon d’un romancier. Or, il n’y arrive pas trop, car son modèle est celui du récit réaliste conventionnel, et cela débouche sur des notations que je trouve au mieux banales (et qui paraissent encore plus banales sous ma plume de traducteur que sous sa plume, pour être parfaitement honnête), et au pire embarrassantes ou problématiques.

Ainsi, quand il dit d’Erica Powell “the tall and handsome large-boned woman who served as [Nkrumah’s] English secretary”, il y a certes la profusion d’adjectifs, et donc l’excès d’informations, qui est en soi une difficulté dans le passage vers le français. Mais dans l’absolu je trouve que ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, car ces informations n’apportent rien. J’ai quand même traduit, après avoir longuement hésité à omettre entièrement ces trois adjectifs décrivant Powell physiquement : « Selon le témoignage d’Erica Powell, sa secrétaire, une belle femme, grande et bien charpentée… »

 

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SecEM, 29 -°- une seccrétaire “bien charpentée” [criiiinge]

24 janvier

 10 h

    13.885 signes dans le chapitre 15.

 

13 h

Fini. Ça dépote. 15.155 signes, soit à peine en-dessous de 10%.

Quand j’envisage d’alléger, je me dis qu’une des manières de le faire serait de supprimer carrément les notations physiques que French se sent obligé d’ajouter dès qu’il introduit un nouveau personnage. Je dis bien personnage, car même s’il s’agit d’un ouvrage d’histoire, French, en cela, tente, non pas de romancer, mais d’écrire un peu à la façon d’un romancier. Or, il n’y arrive pas trop, car son modèle est celui du récit réaliste conventionnel, et cela débouche sur des notations que je trouve au mieux banales (et qui paraissent encore plus banales sous ma plume de traducteur que sous sa plume, pour être parfaitement honnête), et au pire embarrassantes ou problématiques.

Ainsi, quand il dit d’Erica Powell “the tall and handsome large-boned woman who served as [Nkrumah’s] English secretary”, il y a certes la profusion d’adjectifs, et donc l’excès d’informations, qui est en soi une difficulté dans le passage vers le français. Mais dans l’absolu je trouve que ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, car ces informations n’apportent rien. J’ai quand même traduit, après avoir longuement hésité à omettre entièrement ces trois adjectifs décrivant Powell physiquement : « Selon le témoignage d’Erica Powell, sa secrétaire, une belle femme, grande et bien charpentée… »

 

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mardi, 24 juin 2025

SecEM, 30 -°- of leaf and lead

25 janvier 2026

8 h

    Poursuivons. 35.698 signes dans le chapitre 16. Il faudrait en traduire les deux-tiers, disons.

 

12 h 30

Le diable – enfin, non (bref, je me comprends, on se comprend) – se cache dans les détails. Après avoir traduit six pages, je réussis à ne pas avoir l’esprit trop embrumé et à me rendre compte que la photographie du soldat afro-américain qui pleure au passage du convoi funéraire de Roosevelt ne peut pas se trouver, comme le texte l’annonce, dans un ouvrage publié par le magazine Life en 1944, vu que Roosevelt – et cela, il suffit d’avoir en tête la célèbre photo de Yalta pour le savoir – est mort en 1945. Je farfouille un peu sur le Web, et j’ai l’impression que l’épais volume que French cite de deuxième main – et Matthew Delmont ne donne pas de date dans son essai, que j’ai pu consulter – a été publié en 1950. Makes more sense.

 

Earlier this morning, j’ai fini par faire appel – et bien m’en a pris – à mes contacts Facebook pour résoudre un passage qui me demeurait incompréhensible. Je cite ci-après in extenso mon post Facebook et les commentaires :

OF LEAD AND LIMB (?)

Tiens, vu que mes interlocuteurices préféré·es sont en ligne, petite demande de conseil pour traduire une phrase de Du Bois citée par French :

_________________

Du Bois often lapsed into what one historian has called “a hyper-lyricism brought on by the sheer euphoria of having slipped the surly bonds of American racism.” “Africa is vegetation. It is the riotous, unbridled bursting life of lead and limb,” Du Bois gushed in one typical column. It was also “sunlight in great gold globules,” and “soft, heavy-scented heat,” that produced a “divine, eternal languor.”

___________________

Je n'ai trouvé nulle part l'expression “of lead and limb”. Et j'avoue ne pas trop la comprendre. Au vu du contexte, j'ai traduit comme suit, mais peu convaincu :

Du Bois tombait souvent dans ce qu’un historien a qualifié de « lyrisme outrancier provoqué par l’euphorie pure et simple d’avoir échappé aux dures entraves du racisme américain ». Pour citer une de ces chroniques pleines de ferveur : « l’Afrique, c’est la végétation, c’est la vie exubérante, débridée, qui fait craquer toutes les coutures […] c’est la lumière du soleil qui pleut en grosses perles d’or, c’est une chaleur douce et parfumée qui provoque à tout jamais une langueur divine ».

 

Commentaire 1 (Lily Margaux) : l'expression c'est “leaf and limb” : ça doit être une coquille.

Commentaire 2 (Laurent Vannini) : Je me demande tout de même si ton auteur-ice n'a pas subrepticement remplacé un f par un d. Of leaf and limb, dans un pays-végétation, ça me semblerait plus clair... même si aujourd'hui les balles volent tout autant que les feuilles au vent.

Commentaire 3 (Laurent V.) : S'iel a trouvé la citation dans une tribune numérisée de Du Bois, ça pourrait expliquer le clavsus.

Réponse de G.C. : Amusant qu'il fasse un lapsus deux lignes sous le verbe lapsed.

Commentaire 4 (Laurent V.) : l'article “International Powers: Energy and Progress in Dark Princess and Black Empire” de Walter Gordon par exemple, cite Du Bois et c'est bien ‘of leaf and limb’. Je peux te l'envoyer par messenger.

 

Entre mon ignorance de l’expression, le fait que j’avais le nez sur le guidon et l’incurie – sur ce coup-là – de Google qui n’a pas proposé de substituer l’expression identique à une lettre près, heureusement que l’aréopage facebookien m’a sorti de l’ornière.

 

26 janvier, 20 h 30

Trois heures de plus, ce soir, m’ont permis d’en venir à bout. 38.987 signes, on reste en-deçà de 10%.

 

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lundi, 23 juin 2025

SecEM, 31 -°- crackers

27 janvier 2026

6 h 30

    Levé depuis 4 h 50, je vais me mettre bientôt à la traduction du chapitre 17, assez bref (7 pages, 17.456 signes) ; ce sera bien si je traduis déjà cela, car j’ai deux autres tâches (relecture du mémoire de l’étudiante italienne + réunion en visio à 16 h autour du nouveau projet de MIC avec UKZN). Dans ce chapitre French parle surtout de Horace Mann Bond et d’Alphaeus Hunton (figure qui était inconnue de moi) ; même si je comprends la nécessité argumentative de ces allers-retours entre la lutte des droits civiques aux États-Unis et le Ghana, je trouve que ces chapitres alourdissent un peu l’ensemble de l’essai. Je note cela à la marge : je ne suis que le traducteur. Hier M* S* m’a très gentiment répondu, en confirmant ma lecture de crackers dans une célèbre citation de Macolm-pas-encore-X, en 1943, quand il cherchait à se faire réformer, mais sans indiquer si d’après elle cette citation a déjà été traduite en français.

Africa Fights.PNG

Les notes commencent à la page 447, donc en les excluant du calcul il me restera 240 pages à traduire après ce chapitre, soit 30 pages par jour en huit semaines : la ration a diminué, mais il faut dire que j’aurai traduit 80 pages en dix jours, soit ce que j’avais initialement prévu de faire, dans mon rétroplanning, entre le 31 octobre et le 5 décembre.

 

8 h 50

Je viens à peine de commencer. Les premiers albums, presque entièrement acoustiques, de Franco Battiato sont un accompagnement idéal (Za par exemple). C’est daté, au sens où on se doute que ça date du début des années 1970, mais c’est génial.

 

11 h 30

19.188 signes. 9,92%.

 

12 h

18.860 après une relecture qui n’a pas servi qu’à passer les ciseaux, donc 8%.

Tout à l’heure, en pleine traduction d’un paragraphe, j’ai eu comme un flash, un déclic soudain, alors que j’avais laissé pour plus tard la traduction du titre du chapitre, The Rape of Decency : « contre toute décence ». Le terme de rape, ici employé au sein d’une expression figée, est plutôt mal venu, car le chapitre n’a pas grand-chose à voir. J’ôte sans remords cette nuance.

 

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dimanche, 22 juin 2025

SecEM, 32 -°- une question d'animalisation

28 janvier 2026

9 h 30

    J’attaque le chapitre 18, qui s’intitule “The Negro Circuit”, de sorte qu’il va notamment falloir que je vérifie si cette expression a été traduite en français, dans des ouvrages de géopolitique par exemple. Flemme. En relisant le chapitre – je fais toujours cela, bien sûr, avant de me lancer à l’abordage – j’ai noté cette phrase dont la paronomase est une gageure : “He had gone Dutch during meals with her but slipped her clutches each time the prospect of a meaningful embrace seemed near.” À vrai dire, il y aussi la reprise meals/meaningful.

29.734 signes

 

11 h 30

Pas commencé, en raison notamment de deux conversations téléphoniques avec J.-B. pour la tournée autour de Notre Sœur Rabat-Joie. Nous allons finalement présenter le livre, avec Houéfa, le 29 avril à Bordeaux, le 12 mai à Paris, le 20 mai à Lille, le 27 mai à Tours et peut-être à Nantes et Toulouse en juin.

 

31 janvier, 9 h 15

J’ai traduit la moitié du chapitre 18 mercredi, et une ou deux pages avant-hier. Il me faut finir ce matin, et enchaîner sur le chapitre 19 cet après-midi. Comme je dois aussi regarder les quelques pages que B. R. a traduites en vue d’un dossier de traduction sur Devil on the Cross, ça va être chaud. Au moins, j’ai dormi mon soûl cette nuit, plus de huit heures – c’est énorme. Une fois ce paragraphe écrit, je vais commencer par aller me refaire un café, avant d’attaquer ces quatre pages.

 

10 h 35

Pour expliquer une de mes difficultés, je cite un paragraphe in extenso :

A famous comment by Eisenhower distilled his seeming indifference. At a White House dinner in 1954, while a Brown v. Board of Education decision was pending, the president turned to Earl Warren, the new chief justice of the Supreme Court, and asked him to consider the feelings of white parents in the Deep South. “These are not bad people. All they are concerned about is to see that their sweet little girls are not required to sit in school alongside some big Black bucks.”

 

La citation d’Eisenhower est à la fois très parlante, et tout à fait choquante. Elle rappelle bien sûr Trump décrivant les lyncheurs blancs de Charlottesville et les envahisseurs séditieux du Capitole comme des very good people. Ce qui me pose problème, c’est la traduction de big Black bucks. Il y a évidemment l’allitération, difficile à conserver, mais aussi l’animalisation des adolescents noirs (buck = chevreuil) ; or, on sait que l’animalisation est un des ressorts cruciaux de la racialisation. La citation n’a pas, semble-t-il, fait l’objet d’une traduction attestée par des historiens de langue française. Tout ce que je trouve, c’est un post Reddit qui, comme moi, traduit par « grands gaillards noirs ». Mais cette traduction, par défaut pour ainsi dire, ne me satisfait pas. Grands bestiaux ?

 

Capture.PNGAutre chose : hier, en cours de traductologie, j’ai dit, à propos des contraires négativés et positivés, que c’était un procédé auquel les traducteurices recouraient beaucoup, sans que je sache le quantifier. Et j’ai ajouté que, dans la traduction que je faisais en ce moment, je savais – sans avoir le temps de noter chaque occurrence – que c’était un procédé habituel. J’ai donc, ce matin, fluoroté dans une nouvelle couleur (en kaki, car je commence à être à court) les expressions pour lesquelles j’ai eu recours à ces paraphrases antonymiques. Eh bien, j’en compte cinq sur deux pages !

 

11 h 25

33.199 signes, ça a foisonné du feu de dieu, tabernak (11, 4%). Je vais aller me soulager le dos en allant jusqu’à la boulangerie.

 

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samedi, 21 juin 2025

SecEM, 33 -°- deux phrases omises de Langston Hughes

31 janvier, 13 h 35

    Le chapitre 19 est court (16.020 signes). Si je le traduis cet après-midi, j’aurai traduit exactement 10 chapitres et 100 pages en quinze jours (pas 14, vraiment 15). Symboliquement, c’est tentant, même si une affreuse migraine me ralentit beaucoup aujourd’hui.

 

17 h 40

18.064 signes. Il faudra retailler un peu. Je m’en suis beaucoup vu car je n’étais vraiment pas en forme. Mais c’est fait. J’ai dû, entre autres, aller chercher la traduction publiée des livres de Richard Wright Black Power (pas trouvé – j’ai laissé la très brève citation sous fluo jaune, afin de penser à vérifier ultérieurement) et de Langston Hughes, The Big Sea, que j’ai trouvée mais qui mérite que je copie-colle ici une note de bas de page que j’ai ajoutée (ce que je ne fais que sous la plus impérieuse contrainte) :

Langston Hughes. Les Grandes profondeurs, traduction française sans nom de traducteur. Paris : Seghers, 1940. Réédité sous le titre The Big Sea. Seghers, 2021 et Points-Seuil, 2022. Il est à noter que seules les trois premières phrases citées par Howard French sont données dans cette traduction. Les deux autres, omises dans la traduction publiée et seule disponible, ont été traduites par nos soins. [NdT]

 

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vendredi, 20 juin 2025

SecEM, 34 -°- le Ghana, toujours le Ghana

1er février

    Le chapitre 20 compte 25.643 signes. Aujourd’hui je ne ferai que l’effleurer.

 

2 février, 14 h

28.849 signes. Trop de foisonnement (12,5%), je vais relire et tenter de couper de ci de là. Il faut dire que ce chapitre, assez lourd – ou est-ce moi qui suis fatigué – a imposé quelques étoffements, comme lorsque je dois introduire la citation dans laquelle un historien anglais file la métaphore filée des deux chevaux (qui est l’équivalent du cul entre deux chaises).

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Autre phrase qui a fait écho à mon travail de l’année dernière sur Our Sister Killjoy : “This, indeed, mirrored the divisive politics of regionalism in much larger Nigeria nearby, whose north-south cleavage produced a devastating civil war in the 1960s.”

Voici, sous la plume d'Aidoo :

Our Sister tried to explain herself. That as far as she was concerned, Nigeria not only has all the characteristics which nearly every African country has; but also presents these characteristics in bolder outlines. Therefore, what is the point in persuading a friend to see the miniature version of anything when the real stuff is there ?

 

14 h 45

J’ai réussi à “descendre” à 28.355 signes.

 

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jeudi, 19 juin 2025

SecEM, 35 -°- maudites “NdT”

3 février, 15 h 30

    J’attaque seulement maintenant la traduction, du chapitre 21, qui ne fait que sept pages (18.988 signes), mais je suis bien émoussé déjà, après une bonne journée de travail, qui a commencé par un pan de mur s’effondrant

 

4 février, 5 h 25

Je m’y remets (4 pages hier, 3 à faire d’ici le petit déj). S’est posée la question du titre de chapitre 21, qui est une référence à – et en fait une reprise littérale – de celui de l’ouvrage, très connu dans le monde anglophone, de Benedict Anderson, et dont French reprend les termes au mot près plus loin dans le corps du chapitre ; or, il a évidemment été traduit sous un autre titre en français, de sorte que j’ai dû ne pas me servir de cette traduction préalable, et me fendre d’une note du traducteur (je déteste ça).

 

 

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6 h 40

Décidément, je déteste les « notes du traducteur », et en voilà une deuxième (ci-dessus).

 

Le chapitre traduit dépasse légèrement les 21.000 signes, donc de tête je flirte toujours avec les 12%.

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mercredi, 18 juin 2025

SecEM, 36 -°- bavardages non digressifs

4 février 2026

 9 h 30

    Ce chapitre 22 est vraiment d’une étrange brièveté : 7.409 signes, 3 pages. Je ne saisis pas bien ce qu’a voulu faire French : clore la deuxième partie sur ces quelques paragraphes qui racontent comment le gouverneur colonial a annoncé à Nkrumah la décision d’une date pour l’indépendance et le bref discours qui s’est ensuivi —— donc ne pas broder, se contenter du côté abrupt de cette transition qui était en germe depuis cinq ans ?

Ce matin, entre ma séance de travail nocturne et la reprise au bureau, j’ai poursuivi – au lit, en prenant tranquillement le petit déjeuner – ma lecture du Carnet de mémoires coloniales d’Isabela Figueiredo traduit pour Chandeigne par Myriam Benarroch et Nathalie Meyroune, et je suis tombé sur le début de la postface de Léonora Miano, qui décidément m’accompagne pas mal ces temps-ci (j’évoquais hier en vidéo sa traduction et sa lumineuse préface de l’ouvrage de Carlos Moore). Elle écrit notamment :

[L’]autre dimension que l’on peut qualifier de secrète puisqu’elle est encore très peu étudiée, encore moins exposée, se rapporte à l’imprégnation du vécu des colons eux-mêmes par la relation nécessairement viciée avec ceux auxquels une présence inamicale fut imposée. (pp. 215-6)

 

Il me semble qu’un bon tiers de l’œuvre romanesque de Lobo Antunes explore, avec une extraordinaire ambivalence, cette facette-là.

Je continue mon bavardage, avant de m’atteler à ces trois pages. (Ça va finir comme la naissance du narrateur dans Tristram Shandy, cette affaire. Non, il ne faut pas les souhaiter. Je ne rendrai pas l’argent !)

Je continue mon bavardage.

Ce matin, voyant passer sur le compte Facebook du CRAL – Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, l’annonce d’une soutenance de thèse à Cagliari dont le titre est La traduction comme poétique. Édouard Glissant, Paul Ricœur : expériences et regards croisés (son autrice Sara Aggazio), je n’ai pu m’empêcher de noter en commentaire une rumination qui me taraude depuis longtemps et à laquelle il faudrait s’attaquer avec davantage de substance :

Un point intéressant à regarder est qu'aucun des deux n'a rien traduit, et que leur plurilinguisme effectif est mal documenté (par exemple, Glissant, qui a tant écrit sur Faulkner et s'en est tant inspiré, le lisait en traduction). Bonne soutenance à toustes et félicitations anticipées à notre collègue ! Il me tarde de lire votre travail.

 

Hier matin, dans la deuxième séance du séminaire que je co-dirige à l’EHESS, après une de mes interventions, dans laquelle je tentais de pointer le caractère complexe du rôle joué par Sartre dans les années 50, de par ses préfaces à Fanon comme à Memmi mais aussi avec Orphée noir, texte sur la négritude qui est plus cité et plus disponible tout simplement que la plupart des écrits théoriques de Senghor ou Césaire sur le sujet, et comme donc j’avais dit que Sartre préfacier et médiateur était peut-être aussi (involontairement) un confiscateur, ou un dévoileur/voileur de ces paroles très fortes et très structurées de l’anticolonialisme, voici ce qu’une des étudiantes a écrit dans la conversation :

Je m'interroge sur ce séminaire... Je crois que je comprend pas pourquoi on a un discours sur "l'histoire du médiateur ou on passe par le blanc pour faire passer les choses". Est-ce que là, on reproduit pas la même chose ? Est ce qu'il est prévu que des personnes non blanche interviennent dans ce séminaire ? Comment vous vous êtes posé la question pour ce séminaire ? Désolée si j'offense des personnes intervant.e.s enseignant.e, on ne voit pas tout le monde en visio. Est- ce que serait possible de vous situer avant de parler ? Mo', blanc.he et classe sociale non bourgeoise. Merci. (Ps : je préfère ne pas prendre la parole à l'oral, d'où cet écrit).

 

La question de la positionnalité avait été discutée lors d’une pré-séance de décembre, et j’avais également expliqué comment je me situais avant ma première intervention le 20 janvier. On en a reparlé, du coup.

 

11 h 15

7.774 signes. C’est étrange que le coefficient ne soit que de 4% cette fois-ci. Ai-je oublié de traduire une phrase ???

Bon, je vais aller chercher le pain à la boulangerie.

 

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mardi, 17 juin 2025

SecEM, 37 -°-

8 février 2026, 10 h 15

    Trois jours sans traduire, mais j'avais énormément de travail (je n'ai pas amusé le terrain). Ce matin encore, trois heures de travail avant de pouvoir m’atteler au chapitre 23. Toujours partagé entre la tâche à accomplir – et il me reste 200 pages à écluser en à peine sept semaines – et ma casquette de chercheur, car, par exemple, telle remarque ultra raciste de Nixon que cite French dans ce chapitre aide aussi à recontextualiser la très récente publication de Trump caricaturant le couple Obama en singes, et qui montre que le racisme et le suprémacisme blanc sont profondément ancrés dans la pensée politique majoritaire états-unienne ; cela explique évidemment pourquoi le racisme systémique exprimé si régulièrement par Trump ne l’a absolument pas empêché d’être élu deux fois président des États-Unis.

22.168 signes, il faudrait que je traduise tout aujourd’hui, mais il y a le rassemblement contre les lobbies agro-industriels et la loi Duplomb II à 14 h 30, et un dîner ce soir chez notre ami E.R. à Saint-Genouph. Gros coup de collier à prévoir de lundi à mercredi.

 

17 h 20

Après une jolie promenade consécutive à la manifestation place Jean-Jaurès, et un thé dans le nouveau salon rue Pinaigrier, me voici face à l’écran pour tenter de boucler les deux pages manquantes avant de repartir.

 

18 h 20

23.809 signes, donc en-dessous de 10%.

Quelques phrases bizarrement tournées dans le texte anglais ; ce chapitre a-t-il été aussi bien relu que les autres ?

 

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lundi, 16 juin 2025

SecEM, 38 -°- avec Baldwin traduit par Darrieussecq

9 février 2026, 7 h 45

    Me voici donc à pied d’œuvre pour le très bref chapitre 24 (11.530 signes) ; cela signifie toutefois que je vais aboutir à 8 feuillets, et que j’ai déjà fixé la traduction du chapitre suivant (bref également) pour ce même lundi. J’ai aussi regardé les statistiques totales pour ce fichier Word, qui dépasse désormais les 700.000 signes, alors qu’il me reste 170 pages bien serrées à traduire…

Pour le titre du chapitre, délibérément redondant (Keep On Keeping On), je ne trouve pas de répétition lexicale évidente ; or, je souhaiterais la conserver. Pour le moment, je n’ai qu’un pléonasme (« continuer de persévérer »).

 

9 h

Ça devait être rapide, ça ne le sera pas.

Dès le deuxième paragraphe, je dois chercher, car le texte en cite une demi-phrase, la traduction française des Notes from a Native Son de Baldwin, traduit deux fois, la seconde – et la seule accessible en ligne – par Marie Darrieussecq. Or, je m’aperçois (comme je m’en étais douté) que French fait un contresens sur la phrase de Baldwin, ou plutôt, qu’en la décontextualisant, il en déforme la portée. Il la tord ; il a tort.

Voici ce qu’écrit French :

The most insistent but by no means the only chronicler of the emancipation moment was the Pittsburgh Courier. Writing near mid-century, James Baldwin had extolled the paper, saying that it “reflects with great accuracy the state of mind and the ambitions of the professional, well-to-do Negro who has found a place to stand.”

 

L’idée qu’il s’agisse d’un éloge m’avait fait tiquer, car, sans connaître extrêmement bien Baldwin, je sais qu’il était très critique de la bourgeoisie hétéropatriarcale afro-américaine, des assis comme eût dit Rimbaud. Or, j’entends dans ce « a place to stand » quelque chose de cet ordre : ils sont installés, ça leur suffit, pourquoi se battre. De fait, si on reprend tout le passage (que je vais donc citer, car c’est ce que j’ai sous la main dans l’immédiat, dans la traduction française de Marie Darrieussecq), on comprend que, loin d’être un éloge, c’est une critique, ou un éloge sarcastique à tout le moins :

Les seuls autres journaux sur ce créneau ayant des ventes significatives dans Harlem sont le Courier de Pittsburgh, qui a la réputation d’être le meilleur du lot, et l’Afro-American, qui ressemble au Journal-American de New York dans sa mise en page et sa typographie, et semble faire un effort considérable bien qu’infructueux pour être à la fois lisible, intelligent et passionné. Le Courier est un journal haut de gamme, qui atteint des sommets dans les nouvelles mondaines et dans les chroniques de George S. Schuyler, dont la sérénité olympienne me met en fureur, mais qui, je dois l’admettre, reflète avec une grande acuité l’état d’esprit et les ambitions du Noir aisé, doté d’une bonne profession, le Noir qui a gagné sa place au soleil. M. Schuyler, connu pour un roman satirique que je n’ai pas lu, intitulé Black No More, est énormément aidé dans sa position par une épouse blanche distinguée et une fille prodige — on la considère sérieusement dans certains cercles comme la preuve de cette incompréhensible croyance selon laquelle l’accouplement Blanc-Noir est plus susceptible de produire du génie que n’importe quelle autre combinaison.

 

Ainsi, que faut-il faire ? Dois-je conserver le contresens (au risque qu’on pense que c’est le traducteur qui se trompe) ou restituer la vérité des propos et de l’intention de Baldwin, fût-ce par un ajustement modeste ? Pour l’instant, j’ai tenté quelque chose du côté de la deuxième option, en effaçant simplement le verbe extol : « En 1955, James Baldwin avait dit de ce journal qu’il… »

 

11 h 20

12.968 signes (c’est trop). À revoir plus tard. De toute façon, je compte faire ce que je n’avais pas fait pour Born in Blackness, quand j’aurai fini : tout imprimer et tout relire sur papier, stylo en main. Dans l’avant-dernier § il y a une autre erreur ; French cite le sermon de Martin Luther King au retour du Ghana et lui fait dire à sa congrégation “you can break aloose from evil and nonviolence, through a lack of bitterness”, ce qui n’a aucun sens. La véritable phrase est évidemment différente : “you can break aloose from evil through nonviolence, through a lack of bitterness”.

J’ai déjà écrit à H.F. pour lui signaler deux ou trois erreurs, mais je suis ici embarrassé : si je lui écris à chaque fois, ça fait vraiment casse-pieds ; si je ne lui écris pas, il peut s’imaginer, si entre-temps telle ou telle petite erreur lui a été signalée, que je traduis sans comprendre, et donc que je traduis en reproduisant des erreurs. Je note ça ici, et peut-être qu’à un moment donné je ferai un tir groupé.

 

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dimanche, 15 juin 2025

SecEM, 39 -°- lecture (complémentaire) d'un article de 1957

9 février 2026, 14 h 40

    Je vais m’attaquer au chapitre 24 (14.046 signes), mais nous partons dans moins d’une heure (au cinéma). Il faut dire que j’ai passé une bonne heure à mettre en ligne le podcast de l’émission diffusée ce matin et à en faire la promotion sur les réseaux sociaux. Peut-être traduirai-je une heure ce soir mais je compte surtout me coucher tôt pour être en meilleure forme demain.

 

10 février, 8 h 40

Levé tôt (4 h 15) j’ai pu traduire presque tout le chapitre ce matin (hier, je l’avais surtout lu et relu). 15.040 signes (7%).

Le chapitre parle de la confrontation – feutrée, au moins au début – entre Nkrumah et Houphouët-Boigny, et cela m’a permis de lire (grâce à Catherine M*, abonnée au Monde et qui me l’a envoyé en lecture intégrale) un article de 1957, dans lequel je n’ai pas trouvé les citations de Houphouët-Boigny en français, mais qui est tout à fait édifiant. Je le reproduis ici (après tout, c’est aussi cela qu’implique un tel chantier de traduction, une sorte d’aller-retour entre les tâches de traducteur, d’historien, de linguiste et de fouineur d’archives).

 

Le défi de M. Houphouet-Boigny au Dr Nkrumah

 

Par ANDRÉ BLANCHET

Publié le 17 avril 1957
 

Abidjan - En 1947, dans un hôtel du VIIème arrondissement, deux hommes à la peau noire se rencontrent pour la première fois et se reconnaissent comme cousins à la manière dont peuvent l'être Poitevins et Charentais ; mais la frontière tirée entre leurs deux tribus par les puissances coloniales a fait du Baoulé Félix Houphouet un député de la Côte-D'ivoire à l'Assemblée nationale française et de son interlocuteur apollonien (1). Kwamé N'Krumah, un militant du mouvement panafricaniste de Londres. Rendus étrangers l'un à l'autre par la langue et la culture, peut-être ne se fussent-ils pas retrouvés sans leur affiliation - toute de circonstance au demeurant - à un parti communiste européen, qui a fait choisir Félix Houphouët-Boigny, de préférence à d'autres leaders africains plus modérés, pour recevoir à Paris ce docteur N'Krumah dont personne en Afrique n'a jamais entendu prononcer le nom et que ses propres compatriotes de la Côte-de-l'Or ont eu le temps d'oublier depuis treize ans qu'il poursuivait ses études aux États-Unis et en Angleterre. Cependant leurs entretiens* porteront moins sur l'idéologie marxiste que sur leur commun souci du devenir politique de l'Afrique et sur les moyens propres à briser le joug colonial.

Aux dirigeants du Rassemblement démocratique africain (R. D. A.), Kwamé N'Krumah propose alors la constitution d'un parti politique commun aux territoires français et britanniques. Pour réponse ses interlocuteurs, tous parlementaires, l'introduisent au Palais-Bourbon où il voit des représentants de l'Afrique noire siégeant côte à côte avec les élus de la métropole. Force lui est de convenir qu'une telle association serait inconcevable dans le système britannique. Dès cette époque-là l'effort des uns et des autres pour émanciper les masses africaines progressait donc par deux voies nettement divergentes. On se donna rendez-vous à dix ans pour confronter les résultats.

Vendredi 5 avril 1957. Dix années ont passé. Félix Houphouet et Kwamé N'Krumah ne se sont pas revus depuis la rencontre de Paris. Une tornade est en train de se former au-dessus d'Abidjan, noircissant le ciel d'où va descendre le DC-4 d'Air France que le premier ministre du Ghana a choisi d'emprunter en modeste passager et à bord duquel il embarquait une heure et demie plus tôt à Accra, dans un demi-incognito. Sur l'asphalte brûlant du terrain de Port-Bouët (2) un ministre de la République française va l'accueillir, qui n'est autre que son ami, son "cousin" Félix Houphouet. Deux grands destins vont se joindre pour quelques heures, deux conceptions de l'Afrique s'affronter à travers les deux hommes qui surent les faire prévaloir dans la réalité et les personnifier en eux-mêmes : l'idéal d'une indépendance complète, accompli un mois plus tôt par Kwamé N'Krumah en accord, avec la Grande-Bretagne : celui d'une communauté franco-africaine, ratifié le dimanche précédent par les millions d'Africains qui, de Dakar à Brazzaville, votaient pour le parti d'Houphouet-Boigny.

Comment ne pas avoir le sentiment qu'au rendez-vous des deux leaders toute l'Afrique est présente, et que de leur dialogue dépendra dans une certaine mesure l'évolution politique du monde noir ? Que les témoins de cette accolade historique en conçoivent de l'exultation ou de l'appréhension, qu'ils y assistent en figurants officiels ou en simples curieux, il leur serait difficile de ne pas se sentir étreints par la solennité de l'instant.

 

L'accueil de l'administration...

En est-il beaucoup toutefois pour avoir médité sur le geste chevaleresque d'une puissance " coloniale " assez sûre d'elle-même pour accueillir amicalement dans ses territoires d'outre-mer l'homme qui se pose - et n'en a jamais fait mystère - en libérateur de l'Afrique entière ? Imaginerait-on par exemple les Portugais invitant à Goa, dernière enclave européenne dans la péninsule, M. Nehru, premier ministre de l'Inde indépendante ? M. N'Krumah ne pouvait qu'être sensible à ce fair-play, quand bien même s'y fût-il attendu, lorsqu'il avait fait connaître au gouvernement français, par la voie diplomatique normale, son désir de séjourner en Guinée à titre privé et de visiter Abidjan au passage.

Aussi bien ne devait-il laisser paraître à aucun moment la moindre animosité, ni même la moindre réserve à l'égard des officiels français ni des Européens de Côte-d'Ivoire, pas plus qu'il ne refusa l'avion particulier du haut commissaire. M. Cusin, pour se rendre d'Abidjan à Kankan, puis de Kankan à Accra, ni ne rechercha l'hospitalité de ses frères africains de préférence à celle qui lui fut offerte à Abidjan par le directeur de la Banque d'Afrique occidentale, à Kankan. par l'administrateur commandant le cercle (3). A cet homme d'État noir, qu'elle reçut en voisin, l'administration française ne fit donc pas un accueil très différent de celui qu'elle eût fait au gouverneur anglais du temps que le Ghana s'appelait encore la Côte-de-l'Or.

 

... et celui du R.D.A.

Bien que l'initiative ne fût pas venue de lui et qu'il en eût même, dit-on, conçu quelque humeur, M. Houphouet ne pouvait pas ne pas accueillir lui-même le Dr N'Krumah, surtout après avoir déjà décliné l'invitation de ce dernier à se rendre aux fêtes de l'indépendance du Ghana. Il lui fallut donc décommander la réunion du comité de coordination du R.D.A., prévue à Abidjan pour le 5 avril avec la participation de tous les membres du groupe parlementaire. Si bien que seuls les dirigeants du mouvement en Côte-d'Ivoire se trouvaient dans la capitale à l'arrivée du premier ministre A part eux celui-ci n'aura donc eu de contacts, du moins à Abidjan, qu'avec le député maire de Conakry, M. Sékou Touré, venu à sa rencontre pour l'accompagner ensuite en Guinée, et avec M. Gabriel d'Arboussier, élu du Niger et futur président probable du Grand Conseil de l'A-O.P., seul parmi les dirigeants du R.D.A. à pouvoir s'entretenir directement avec M. N'Krumah en anglais. Encore M. d'Arboussier dut-il quitter Abidjan pour Dakar quelques heures après l'arrivée des visiteurs ghanéens.

C'est seulement lors de son second et très bref passage à Abidjan sur le chemin du retour, le samedi 13 avril, que le premier ministre du Ghana aura pu entrevoir au complet l'état-major du R.D.A., celui d'A.-E. F. comme celui d'A-O.F., convoqué en “comité de coordination” à partir du 15. Entre les uns et les autres la barrière de la langue devait de toute manière limiter singulièrement les échanges de vues, dont il n'apparut d'ailleurs pas qu'ils fussent recherchés avec beaucoup de chaleur, sauf par les deux leaders. Deux formations aussi différentes que l'anglaise et la française, deux systèmes politiques sans vrai dénominateur commun, auraient-ils d'ores et déjà façonné en Afrique deux types d'hommes incapables de se comprendre, voire de sympathiser ?

Peut-être leur manque-t-il d'abord d'être exactement informé les uns sur les autres. Si l'on ne repérait dans Abidjan, à l'arrivée du premier ministre, aucun drapeau du Ghana - pourtant le voisin immédiat de la Côte-d'Ivoire, - c'est tout simplement parce que nul, fût-ce parmi les hommes politiques, n'en connaissait les couleurs ni la disposition exactes. Si M. N'Krumah, dam son discours public, remercia en premier lieu le gouverneur puis après lui M. Houphouet, il serait absurde de soupçonner dans ce manquement au protocole une arrière-pensée désobligeante à l'égard de son ami ; ce premier ministre d'un dominion dans lequel le chef de l'État reste le gouverneur général transposait visiblement en territoire français ce système constitutionnel, sans bien se rendre compte des prérogatives attachées à la qualité de membre du gouvernement de la République. Il ne semblait pas connaître davantage l'existence de la voie ferrée joignant Abidjan à Ouagadougou, non loin pourtant des frontières septentrionales de son propre pays.

C'est ainsi que beaucoup de choses l'étonnèrent manifestement lors de sa visite d'Abidjan, ville au développement extraordinaire et qui pourrait rivaliser avantageusement avec Accra par le modernisme heureux de ses constructions ; jamais le port n'avait été montré à un visiteur plus sérieux, plus ardemment intéressé, et M. N'Krumah aura été le premier personnage officiel à franchir, un mois avant sa mise en service, l'ouvrage d'art exceptionnel que constitue le nouveau pont à deux étages unissant les quartiers du Plateau et de Treichville.

 

Deux conceptions s'affrontent

Ces réalisations techniques - on l'imagine sans peine - fournissaient à M. Houphouet, assis à gauche de son invité dans une voiture découverte, autant d'arguments à l'appui de sa thèse fondamentale, celle de l'indispensable participation de la France à l'équipement de ses territoires africains. C'est un véritable défi que lançait au premier ministre du Ghana le député, maire d'Abidjan lorsqu'il lui prédisait que dans dix ans, grâce à cette aide de la métropole, la Côte-d'Ivoire aurait dépassé son voisin dans le domaine économique et social. De cette certitude on sent M. Houphouet profondément pénétré. Ses longues discussions avec Kwamé N'Krumah - tenues quelquefois en patois de la côte du Bénin, mais plus souvent par le truchement de M. Chambard, conseiller diplomatique du haut commissaire de France - n'eurent guère d'autre thème, l'idéal d'une “communauté franco-africaine à base d'égalité et de fraternité” étant constamment opposé par lui au principe de l'indépendance pure et simple. C'est ce qu'il réaffirma devant la foule des invités lors de la réception fort animée qu'il donna dans le très moderne palais de l'Assemblée territoriale.

A cette occasion, le premier ministre du Ghana laissa se déchainer de façon un peu intempestive son tempérament bien connu de tribun, cédant peut-être inconsciemment à l'atmosphère de réunion publique créée par la présence d'un fort contingent de Ghanéens d'Abidjan - reconnaissables à leur toge, - dont ses propres ministres et les autres membres de sa suite scandaient eux-mêmes les ovations à grand renfort de cris et de gestes frénétiques. Cette démonstration, dans laquelle ils ne reconnaissaient guère le flegme prêté à leurs frères de l'ancienne Côte-de-l'Or anglaise, figea de stupeur la plupart des invités ivoiriens, et cela d'autant plus que la traduction de sa harangue ne devait pas révéler des prises de position particulièrement incendiaires. En eût-il formulé d'ailleurs que M. Houphouet n'eût pu les laisser passer et se fût cru tenu de répondre. Ceux qui déconseillèrent à M. N'Krumah d'évoquer les affaires d'Afrique du Nord lui ont vraisemblablement épargné un affront dont tout le monde eût été gêné.

Il n'en reste pas moins que l'unique discours public du premier ministre prit le tour d'un véritable plaidoyer pour l'indépendance des peuples d'Afrique et fut certainement écouté par plus d'un Ivoirien avec un sentiment de fervent espoir, en tout cas d'admiration. Si l'on peut tenir pour assuré que la quasi-totalité des élus de la Côte-d'Ivoire. et notamment les soixante conseillers territoriaux, tous membres du R.D.A. ou sympathisants de ce mouvement, sont résolus à travailler dans le même sens que M. Houphouet, leur leader encore à peu près incontesté, on ne saurait toutefois sous-estimer le prestige dont un Kwamé N'Krumah apparaissait paré aux yeux de l'homme de la rue du manœuvre de Treichville et d'Adjamé. Dans tous ses déplacements à travers ces quartiers africains de la capitale des groupes aux visages extasiés et heureux se portaient spontanément vers sa voiture, sans jamais constituer toutefois une foule imposante.

 

Tête-à-tête avec M. Sékou Touré

Il n'est pas interdit d'imaginer que les démonstrations d'enthousiasme eussent été plus délirantes encore à Conakry si le bouillant député-maire de cette ville, M. Sékou Touré, avait pu convaincre le Dr N'Krumah de visiter la capitale de la Guinée après son pèlerinage à Kankan sur la tombe du chérif Fanta Madi. Mais, soit par lassitude, soit sur la prière de M. Houphouet ou des autorités françaises, le premier ministre refusa finalement de se prêter à ce qui eût constitué surtout une manifestation de prestige au bénéfice de M. Sekou Touré, l'enfant terrible du R.D.A. D'avoir pu observer à Abidjan la fascination que paraissait exercer sur ce dernier le personnage du visiteur ghanéen, et s'inquiétant du tête-à-tête de plusieurs jours qu'eurent à Kankan les deux hommes (même si leurs conversations passèrent par le truchement d'un diplomate français), certains n'ont pas manqué de prêter à M. Sékou Touré l'ambition secrète de devenir le N'Krumah de la Guinée, voire de toute l'A.-O.F.

Cette attirance ne semble pas avoir été ressentie particulièrement par ses camarades de la Côte-d'Ivoire, qu'on ne vit guère fraterniser avec la suite de M. N'Krumah. Aussi bien ne désignaient-ils jamais les visiteurs que du nom d'" Anglais ", sans doute parce qu'eux-mêmes se considèrent comme Français... Quant à évoquer entre eux la possibilité de préparer ces États-Unis d'Afrique, chers au cœur du Dr N'Krumah, cela n'eût pu que tourner au dialogue de sourds, comme ce fut le cas entre leurs deux leaders. A la suggestion que lui en fit son visiteur, M. Houphouet répliqua en demandant si le Ghana était prêt pour autant à quitter le Commonwealth et la zone sterling, question qui ne pouvait comporter qu'une réponse négative ; dans son discours public le premier ministre confirma d'ailleurs, l'intérêt que voit son pays au maintien de ses liens avec le Commonwealth. Peut-être sa visite en Côte-d'Ivoire lui aura-t-elle aussi révélé que d'éventuels États-Unis d'Afrique, loin de conférer obligatoirement le leadership au Ghana, risquaient fort de faire éclipser celui-ci par les revendications d'une A.-O. F. quatre fois plus peuplée que lui, sans même parler d'une Nigeria forte de ses trente-quatre millions d'habitants.

Pas plus que l'exemple du Ghana ne joua de rôle dans la campagne électorale de mars en A.-O.F., aucun parti ni aucun candidat ne paraissant l'avoir même invoqué, il ne semble pas davantage que la visite " historique " de M. N'Krumah en Côte-d'Ivoire et en Guinée – sa première sortie hors de son pays au lendemain de l'indépendance – doive dans l'immédiat influencer la vie politique des territoires français ni contrarier l'expérience de véritable autonomie interne qui va s'amorcer dès le mois prochain avec la désignation des conseils de gouvernement issus des élections du 31 mars.

 


(1) Les Apolloniens constituent une des races principales du sud de Ghana.

(2) Le terrain d'aviation d'Abidjan.

(3) Chaque territoire de l'A.-O. F. est divisé en un certain nombre de " cercles ".

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Nouveau sonnet (quoique...)

    un chat vient de pointer son nez

au salon (la porte-fenêtre

ouverte) – et, me faut-il l’admettre,

je ne l’ai pas laissé entrer :

 

je ne veux pas courir après

à l'étage où traînant mes guêtres

d’un boucan d’enfer je m’empêtre ––

comment poursuivre ce sonnet ?

 

peut-être en avouant (peut-être ?

cela fait trop de rimes en -ettre)

que les guêtres sont mes pieds nus

 

sur le carrelage et le bois

de l’escalier (ils sont venus,

tercets – plus vite que tu crois)

 

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samedi, 14 juin 2025

SecEM, 40 -°- deux phrases, une de De Gaulle, l'autre à son propos

10 février, 9 h 45

    Le chapitre 26 compte 18.230 signes ; il est intitulé Quand on refuse on dit non, par un emprunt implicite au titre du livre posthume de Kourouma, ce qui donne plus de profondeur encore à son sujet,  la relation trapézoïdale (je veux dire par là dissymétrique) entre Nkrumah, Sékou Touré, Houphouët-Boigny et la France (De Gaulle).

 

16 h

19.021 signes dans ma traduction, soit un foisonnement très restreint, ce qui ne m’étonne pas car je sais que j’ai abrégé très ponctuellement, surtout car il y avait au moins deux ou trois phrases très redondantes, et aussi parce que le contexte français (il s’agit du défi de Sékou Touré à De Gaulle) permet d’omettre des points que French prend cinq ou six mots pour éclaircir.

À propos de De Gaulle, deux références problématiques.

Capture.PNG

 

L’une provient du livre que cite French, que j’ai consulté rapidement, et qui ne casse pas des briques, The Profile of Political Leaders de Jaap van Ginneken (2016) : l’auteur cite, sans aucune référence, quelqu’un qui aurait dit de De Gaulle jeune ce que je traduis ainsi : « Il se distinguait moins par sa taille que par son ego, dont les rayons puissants portaient loin. »

Il faudrait aller éplucher Lacouture e tutti quanti ; pas le temps ; les gaulliens fervents s’étriperont ; qu’importe.

L’autre est une citation de De Gaulle lui-même, en 1958, dont French dit qu’elle est « célèbre », mais que je retrouve de fait en anglais dans un nombre infini de sites, mais pas du tout en français. Il se pourrait que De Gaulle ait lancé ces mots à un journaliste anglophone, qu’elle ait été uniquement diffusée en traduction anglaise, et fait florès dans le monde anglophone : « Great circumstances bring forth great men. Only during crises do nations throw up giants. » Je n’exclus pas de faire un petit appel au peuple de Facebook, qui m’a déjà sorti de semblables ornières. Pour l'instant j'ai laissé mon premier jet sous fluorotage jaune.

 

(J'ai appris hier qu'on disait evidenziatore pour “surligneur” en italien. J'adopte.)

 

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