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mercredi, 23 juillet 2025

SecEM, 1 -°- Préface

23 juillet 2025

    Ce soir, j'ai commencé à traduire The Second Emancipation de Howard French.

Pas de contrat signé encore, mais je voulais commencer à tâter le terrain. Je me suis contenté des deux pages de la Préface ; pas grand chose à signaler à ce stade. Ah si, j'ai traduit a very different, not always roseate, image of Africa par une image très différente, pas toujours très glorieuse, de l’Afrique. Et j'ai eu Pas bien rose de Capdevielle dans la tête pendant les dix minutes qui ont suivi.

(En fait, j'ai aussi traduit le titre et le sous-titre. Pour le coup, cela, ça peut évoluer.)

 

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mardi, 22 juillet 2025

SecEM, 2 -°- Mécanique

24 juillet 2025

 

    Dans le livre foutraque que je finis de lire, et qui ne paraîtra, me dit son éditeur, qu'en septembre, dans ce livre qui s'intitule bricolage[S], et "dans lequel il est question de traduction", m'a dit son éditeur, la page 204 propose, par la voix d'un personnage Carlos/Karl mécanicien, une analogie entre la traduction et la mécanique, par trois étapes : (1) "démontage" (2) "cogiter, entraver" (3) "reconstruction plus ou moins fidèle". (Bien entendu, ça ne marche pas. Et d'ailleurs avant d'écrire ce texte j'ai décidé de publier les billets de cette rubrique en remontant le temps afin qu'ils apparaissent dans l'ordre, le plus ancien en haut, contrairement à ce que prévo(ya)it la logique des blogs.) La raison pour laquelle je parle de cela c'est que la semaine dernière j'ai lu Scale Boy de Patrice Nganang, qui paraîtra en janvier prochain, et que, dans la première partie, niché entre les chapitres par lesquels il commence in medias res avec le pèse-personne et les chapitres plus chronologiques dans lesquels il poursuit, se trouve le récit de son début d'apprentissage chez un garagiste. Donc Patrice approfondit, tout au long du livre, la relation entre l'activité de pèse-personne et son travail d'écriture, son regard sur les phases complexes de la colonialité au Cameroun, de la fin du 19e siècle à la guerre en Ambazonie, en retraçant sa propre autobiographie jusqu'au seuil significatif de 1984, ses quatorze ans et l'épuration ethnique des Hausas par les séides de Biya, mais je ne crois pas que la mécanique serve d'analogie, aussi dans la mesure où il n'a guère appris à démonter, cogiter ou reconstruire quoi que ce soit dans cette ph(r)ase-là. Bref. Cela fait beaucoup de tintouin pour dire que, ayant passé six heures loin de la maison, et revenu assez crevé de la longue randonnée dans les forêts et chemins vignerons de Bourgueil, je n'ai pas traduit une ligne aujourd'hui, pas une ligne de The Second Emancipation (ce qui ne me fait pas oublier que je compte aussi commencer à me faire la main à Scale Boy cet été).

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lundi, 21 juillet 2025

SecEM, 3 -°- « des gargotes bruyantes »

25 juillet 2025, 10 h

 

    Qu'est-ce que je fais là...

Bon, ce matin, après avoir évacué, en une heure, quelque chose d'un peu administratif et d'un peu casse-pieds (l'abstract de ma communication du 23 octobre prochain et la paperasse afférente), je me suis mis à traduire l'introduction.

Deux pages (sur 17), ce n'est pas foufou. Je vais y revenir.

Pour le précédent livre de Howard French que j'ai traduit, je n'avais pas tenu de semblables carnets. Pour le précédent livre de Howard French que j'ai traduit, je m'étais fait un rétroplanning très détaillé, avec le nombre de pages par chapitre, les objectifs par date etc. Là, rien de tel pour l'instant, peut-être par superstition (pas de contrat signé) ?

 

En tout cas, dans le hors-champ (ça n'existe pas, le hors-champ est toujours une ligne de marge) : après cette heure et demie à travailler sur la traduction, je me suis recouché pour lire les deux derniers chapitres de Nightbloom (enfin, de Fleurs de nuit), puis j'ai (enfin) commencé à lire La Source et le signe de Vincent Debaene : là aussi, tiens, long avant-propos suivi d'une longue Introduction. Et dans l'avant-propos, au détour d'une note de bas de page, Debaene cite, parmi les “native anthropologists”, Kofi Abrefa Busia qui devint président du Ghana et qui est cité (son nom écorché) par Ama Ata Aidoo dans mon autre traduction du moment.

[Dans l'édition française de Fleurs de nuit l'éditeur choisit une étrange transcription pour la langue ewe : Eʋe (mais le ʋ ressort bizarrement).] Dans la “Note de l'auteur”, brève, que j'ai aussi traduite ce matin, French parle des orthographes anciennes et modernes de Fante/Fanti, Asante/Ashanti, Nzema/Nzima. Et surtout je me suis beaucoup interrompu dans la traduction de ces pages 1-2, pour échanger avec Elvire : la phrase sur les patinoires d'Abidjan m'a fait penser à elle, puis elle m'a dit qu'elle venait tout juste de regarder comment aller à Abidjan, puis je lui ai parlé de ma traduction de Treichville, “the big and low-lying workers' district across the bridge from downtown” par l’immense quartier ouvrier juste de l’autre côté du fleuve de la lagune.

De l'importance de Google Maps. Si vous vous demandez pourquoi j'avais choisi de moduler bridges, de ne pas le conserver tel quel, c'est que de l'autre côté du pont me semblait trop flou, topographiquement. Et en voyant sur Google Maps qu'il y avait deux ponts reliant le centre urbain d'Abidjan à Treichville (peut-être un seul à la fin des années 70, mais bon), je tiens bon. — Et j'ai fini par traduire low-lying plus loin, dans la phrase suivante. Pas convaincu que je ne vais pas faire sauter carrément cette précision sans grande importance, qui alourdit mon texte.

French, au nom prédestiné, raconte que, tout jeune homme donc, avant de devenir journaliste, il perfectionne son français à Abidjan au point de se faire rémunérer comme traducteur. Que ferons-nous de cette possible mise en abyme ?

 

Ce qui m'a le plus embarrassé, dans les deux pages que je viens de traduire, c'est la description du quartier de Treichville en des termes un peu stéréotypés : French dit qu'il a adoré y passer des soirées et des nuits à danser, mais il n'évite pas le cliché. Alors, le cliché est peut-être véridique, mais je me retrouve à traduire par exemple “boisterous street restaurants”, et comme, un malheur n'arrivant jamais seul, “restaurant de rue” ou “restaurant sur la rue” sont peu usuels ou lourds, tout ce que j'ai, pour le moment, c'est gargotes bruyantes. Et gargotes bruyantes, ça ne va pas du tout du tout. De même, comment ne pas traduire de façon péjorative la description de son ami Kwamena, “voluble chauffeur and strutting rooster of a man” ? Pour l'instant, ça donne chauffeur loquace qui aime se pavaner et parlant fort.

 

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dimanche, 20 juillet 2025

SecEM, 4 -°- quatre pages de l'Introduction

31 juillet, 11 h

    J’ai repris la traduction de l’Introduction, dont je n’avais « fait » que deux pages. Dès le paragraphe médian de la page 3, double embarras. D’abord, c’est amusant, alors que l’épigraphe de Scale Boy (que je commence à traduire en parallèle) évoque le fait que la langue française n’a pas de mot équivalent à home, la première phrase que je traduis de The Second Emancipation aujourd’hui est homeland : on traduit par « patrie », mais ça ne va pas du tout. Les « patries imaginaires » de Rushdie ne sont, dans le texte, pas des patries.

L’autre embarras est plus idéologique, en un sens. Il porte sur la phrase par laquelle French décrit Nkrumah, et qui me semble calquer – sans s’en déprendre – la rhétorique des profilages raciaux. Comme le traducteur doit se contenter de traduire, j’ai traduit : « Il était de taille moyenne ; ses traits caractéristiques étaient une peau très sombre, des yeux vifs et un front bombé. » Mais j’ai quand même atténué un peu : ebony-dark skin, vraiment on ne peut pas garder cela au premier degré en français (“noir d’ébène”, come on, give us a break). Plus loin (p. 6), pour dire que la région où est né Nkrumah était éloignée de tout, French parle de netherworld, sans paraître comprendre que ce terme est extrêmement péjoratif. (J’ai à moitié songé à écrire « ravitaillé par les corbeaux » mais c’est encore trop ludique ; netherworld, c’est l’enfer ou la zone de non-droit, les limbes ; j’ai fini par édulcorer.)

Sinon, comme pour Scale Boy, je m’arrache les cheveux avec compound.

Il y a (déjà) plusieurs citations de Nkrumah, et je devrai vérifier tout cela minutieusement à partir des traductions existantes et publiées. Toutefois, je ne peux m’empêcher de mettre ici en regard ce passage (p. 5) et la capture d’écran correspondante de Google Maps. Finalement, entre la lagune d'Ayi et la lagune d'Aby, c'est peut-être la traduction publiée de l'autobiographie qui me permettra de trancher.

lagune Nkrumah.PNG

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samedi, 19 juillet 2025

SecEM, 5 -°- reprise

22 août

 

    Après trois grosses semaines d'interruption, je me rassieds à mon bureau pour réenclencher cette traduction. Je suis toujours embarqué (ou englué) dans l'Introduction, dont il me reste dix pages. Hier j'ai eu un entretien téléphonique avec l'éditrice de chez Calmann-Lévy, autour des questions de calibrage du texte, qui est rendu difficile par le document PDF ultra-protégé. Elle va essayer d'obtenir une version qui permette de connaître le nombre de signes et de faire le calibrage avec coefficient de foisonnement, sinon je lui ai donné mon accord pour une fourchette basse : je préfère un “rattrapage” à la hausse sur le troisième tiers que de devoir leur rendre des sous ! Elle va aussi réclamer deux exemplaires papier de l'ouvrage, dont un pour moi.

 

Ce matin j'ai traduit deux pages. Il y avait plusieurs références ou citations, à des textes racistes du président Wilson (j'ai surligné mon premier jet en jaune car je doute de trouver facilement une traduction déjà publiée), à un article de Baldwin dans le New Yorker (pas cherché de traduction existante), à Aimé Césaire (j'ai retrouvé, restituant dans ma traduction le verbatim du texte original du Discours sur le colonialisme), et enfin à un poème de Langston Hughes, que j'ai également retrouvé, au point de prendre la décision, discutable, de traduire carrément un quatrain entier, plutôt que de respecter le découpage de H. French.

Par ailleurs, moi qui n'avais plus dans la tête Buffalo Soldier de Bob Marley depuis quelques jours seulement (j'ai lu le roman de Marlon James et j'ai eu du Bob Marley dans la tête pendant près de quinze jours), voilà que French cite l'expression, en la limitant curieusement aux bataillons de soldats afro-américains engagés dans la Première Guerre mondiale (alors que c'est le nom qui leur a été donné par leurs adversaires amérindiens dans le dernier tiers du dix-neuvième siècle). Dans le roman de Marlon James, le personnage qui en parle souligne très clairement l'ironie tragique qui a vu des Noirs victimes de la ségrégation et du suprémacisme blanc aider les Blancs à exterminer les autochtones ; par contre, j'ai beau écouter encore et encore la chanson de Bob Marley, je n'y entends rien de tel. French, lui, ne discute absolument pas l'origine ni les implications idéologiques du surnom.

Autre point de traduction : j'ai traduit mystique (dans l'expression “the mystique of white invincibility”) par mythe.

 

Je me demande si je pourrai tenir la distance de ces carnets de traduction, car si je n'ai que sept mois pour traduire cet énorme pavé en plus de mes autres activités, ai-je le temps de me livrer à cette exploration réflexive ?

 

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vendredi, 18 juillet 2025

SecEM, 6 -°- foisonnement & dispersion

23 août 2025

    Le passage que je veux traduire ce matin, a minima, avant d’aller en ville, et ce afin de clore une section de la longue Introduction que je traduis vraiment par à-coups, s’étend sur deux pages et demie de l’ouvrage imprimé (pas encore paru je crois) et compte 1.000 mots. Pile.

Je m’y mets à 8 h 32.

*            *

*

 

9 h 42. Ma traduction compte 1.121 mots  (un nombre que j’aime beaucoup, d’ailleurs – mais comme l’outil de calcul compte les guillemets français ouvrants et fermants comme des mots à part entière, ce nombre est faux). Il vaut mieux comparer le nombre de signes : 6.328 en anglais (texte-source) et 7.195 en français (texte-cible). Cela constitue un foisonnement de 13%, trop élevé donc (la norme se situe entre 5 et 10%). Il faut dire que je me suis senti obligé de procéder à une ou deux explicitations culturelles, notamment en raison du caractère très allusif de l’adverbe historically dans l’expression “the campuses of historically Black American universities”, mais aussi pour rappeler la fonction officielle de Nixon lors de sa participation aux cérémonies d’indépendance du Ghana en 1957 (il était vice-président). De façon plus générale, j’ai tendance à vouloir traduire chaque adjectif et chaque adverbe, alors que French a tendance à en abuser, sans vraiment que cela change grand-chose à son argument. Il faudrait donc – et, en ce sens, c’est bien que je me sois livré à ce petit test sur un extrait très bref ce matin – que je n’hésite pas à sabrer un peu… enfin, pas à sabrer (cette métaphore connote de larges omissions, non ?) : à effacer tel ou tel adjectif par-ci par-là.

 

Nixon.PNG

 

Un peu plus d’une heure pour traduire deux pages et demie, c’est dans l’étiage moyen — et je pourrais être plus efficace. Par exemple, au sujet de ce que dit French des cérémonies d’indépendance du Ghana, je suis allé écouter ce bref podcast de France Culture (7 minutes de pause dans la traduction, tout de même). Pire, j’ai rédigé un bref billet Facebook pour évoquer ce podcast, en retranscrivant même deux phrases de l’historienne Pauline Peretz. Autant dire que j’ai dû sabrer un gentil petit quart d’heure dans l’affaire.

 

 

« Nixon comprend, en allant en Afrique, à la fois l'enjeu géopolitique et économique qu'est l'Afrique, mais aussi toute la symbolique qui existe entre les pays nouvellement émancipés et la lutte pour la reconnaissance des droits aux Etats-Unis. [...] Il comprend tout le mal que peut provoquer ou générer le double standard racial auquel se livrent les Etats-Unis pour leur conquête des cœurs à l'étranger. »

(Pauline Peretz, interrogée dans l'émission,
et autrice depuis de l'ouvrage Une armée noire. Fort Huachuca, Arizona (1941-1945), Seuil, 2022)

 

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jeudi, 17 juillet 2025

SecEM, 7 -°- versatilités

24 août

8 h 30

    Je voudrais finir de traduire l’introduction aujourd’hui, mais ça va être compliqué. Je me suis déjà usé l’échine (ou la cervelle) à préparer l’émission de radio de demain, et j’y ai passé 2 h 30.

Il me reste cinq pages (pp. 13-17), 13.500 signes espaces comprises. Suite à mon constat d’hier sur le foisonnement, j’aimerais bien me situer en-dessous d’un coefficient de 10%.

 

10 h 40

Deux heures pour traduire ces cinq pages, ce n’est pas mal. J’ai retrouvé le verbatim d’une citation de Lamine Senghor et ai réussi à ne pas trop me perdre dans les méandres des articles que j’ai trouvés au sujet de cette figure majeure que je connais mal (voir ici et ).

Je ne sais pas exactement comment j’ai fait, mais mon texte fait 14.300 signes, soit un foisonnement très honorable de 5%. Il aura suffi que je me dise, sans mettre en place de stratégie spécifique, qu’il fallait réduire la voilure… à moins, horresco referens, que je n’aie oublié une ou deux phrases au passage (je ne pense pas, ce genre d’erreur ne m’arrive pas, normalement).

L’introduction est donc traduite, le premier jet en tout cas, et je vais pouvoir établir un rétroplanning. J’hésite à indiquer sur facebook l’existence de ce carnets de traduction, d’autant que personne ne va comprendre mon système de datation rétroactif, qui seul permet – en raison de la visualisation par défaut des blogs du billet le plus récent au moins récent – de lire les textes sur une seule page et dans le bon ordre. Je ne pense pas être soumis à un principe de confidentialité non plus.

Quelques points. J’ai traduit provisoirement “the middle Atlantic region” par « les États de la façade atlantique », mais il faudra que je demande conseil à des collègues américanistes. Sinon, j’ai découvert l’expression political spoiler, de sorte que j’ai traduit de façon un peu plus explicite (ou risquée (ou erronée ?)) une phrase de la dernière page : “China, which has become a leading partner of many African countries much more recently, was still a mere bit player economically and a political spoiler on the continent” > la Chine, devenue plus récemment un partenaire de premier plan pour de nombreux pays africains, n’était encore qu’un acteur de seconde zone sur le plan économique ; sur le plan politique, la Chine a surtout affaibli l’Union soviétique en Afrique.

 

Il y a aussi un passage qui m’a amusé, car French (au nom prédestiné, je ne vais pas faire la vanne à chaque fois) emploie l’adjectif versatile (qui est un faux-ami : on le traduit généralement par “polyvalent” ou “plein de ressources”) dans son sens français (plus ou moins) :

As great as his achievement was, Kwame Nkrumah was an extremely complicated human being; flawed, to be sure, even deeply so, but above all “versatile.” In the French usage of the word adopted here, this conveys a sense of multitudes of traits, many of which contain opposites or contradictions.

 

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mercredi, 16 juillet 2025

SecEM, 8 °_° mise en place du rétroplanning

26 août

10 h

    Ce matin, j’ai établi le rétroplanning de la traduction. Le moins que l’on puisse dire est que, pour ce livre d’un peu moins d’un million de signes, il ne va pas falloir mollir, car le contrat que j’espère recevoir la semaine prochaine devrait stipuler une date de remise au 31 mars, et car j’ai une année de travail assez fournie aussi côté université. Il faudra de la discipline. J’y suis parfaitement parvenu en 2023-2024 pour Born in Blackness – aucune raison, sauf pépin de santé, que ça foire en 2025-2026. Par contre, les traductions sans contrat devront attendre.

Ce matin, je vais attaquer le long chapitre 1, avec, déjà, les 5 pages de la section 1. Ce passage compte 12.441 signes espaces comprises.

 

13 h 45

Interrompu plusieurs fois, j’en suis venu à bout. Pas grand-chose de marquant à noter. Mon texte compte 13.374 signes, soit presque 8% de foisonnement si je ne m’emmêle pas les pinceaux dans le calcul de tête.

 

14:11 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 15 juillet 2025

SecEM, 9 _°_

27 août

6 h 45

    Hier, huit pages.

Aujourd’hui, je prévois prudemment trois pages et demie (9.861 signes). D’abord, je me suis réveillé à 3 h 30 et vais manquer d’énergie. Ensuite, je dois faire le guignol une bonne partie de la matinée à déménager des lits avec une fourgonnette.

 

9 h 15

Presque 11 000 signes : ça foisonne trop. Mais aussi, le texte de French déborde en petites précisions incidentes que je n’arrive pas à décider de ne pas traduire.

 

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lundi, 14 juillet 2025

SecEM, 10 _°_ thralldom

28 août 2025

10 h 15

    Aujourd’hui, il faudrait que je finisse la traduction du chapitre 1. Il reste 11.434 signes, soit une petite portion : il faudra accélérer nettement le rythme quotidien en début d’année 2026, mais si je finis le chapitre 1 aujourd’hui, j’aurai quatre jours d’avance sur mon rétro-planning.

 

15 h 20

Il y a encore eu des bricoles : lessive, couper quelques branches à la demande de la voisine, installation du nouveau lit à la chambre d’A*… Je suis venu à bout des quatre pages et demie, avec un foisonnement modéré (12.143 signes – 6%), en réussissant à ne pas trop me perdre dans le livre de Nnamdi Azikiwe que cite French, Renascent Africa, de 1937, et qui compte visiblement de très belles pages. J’en extrais ici le sous-chapitre sur les « agitateurs ». Je connais mal Azikiwe, mais il me semble que c’est une des seules figures politiques nigérianes majeures qui ait réussi à avoir une position honorable pendant la guerre civile, et qui n’a pas trop de sang sur les mains (y compris via ses discours) ; je peux me tromper. En tout cas, ce que j’en apprends par le truchement de cette traduction me donne envie d’aller creuser (c’est toujours le problème).

C’est à lui qu’on doit la formule que cite French telle quelle, emancipation from thralldom, qui témoigne d’une belle maîtrise des registres et de la synonymie, mais qui m’embarrasse beaucoup ; J’avoue que, toujours aussi littéraire, le nom thralldom m’évoque surtout le vers de Keats : “La Belle Dame sans Merci / Hath thee in thrall !” — Pour l’instant, j’ai tenté « s’émanciper de la sujétion ».

 

agitators1.PNG

agitators 2.PNG

agitators 3.PNG

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dimanche, 13 juillet 2025

SecEM, 11 _°_

30 août

8 h 30

    Pas foutu grand-chose hier, et beaucoup de tâches à accomplir en septembre commencent à me stresser. Le stress me tétanise toujours, avant que je ne me mette à donner un grand coup de collier pour accomplir ce qui doit l’être, peu ou prou, plus ou moins bien.

Wilmot Blyden.PNG

 

Le chapitre 2 de The Second Emancipation est long de 19 pages : j’ai fixé son « délai de traduction » au 10 septembre au plus tard. Même son titre m’embête : “Black Is a Country”. Pour l’instant, j’ai calqué : Noir, c’est un pays. (Avec l’écho totalement sans rapport d’e.e. cummings, “yes is a pleasant country”…) Je viens de lire attentivement les dix premières pages, soit plus de 25 000 signes, une « ration » trop importante pour une seule journée. French y cite notamment une phrase d’Edward Wilmot Blyden évoquant “the disenthrallment and elevation of the African race”. Décidément, cet usage ancien de thrallment/disenthrallment comme synonymes d’esclavage et d’affranchissement me/se poursuit.

 

Au troisième paragraphe, j’ai réussi à traduire de façon très synthétique (avec effacements donc) une phrase plutôt redondante : In terms of its genesis, the search for the origins of African nationalism is a complicated one. > Il n’est pas facile de remonter aux sources du nationalisme africain. On passe de 96 signes à 70. Ça pourrait faire un bon exemple pour mon cours magistral de traduction/traductologie en L2. Je pourrais montrer comment le réagencement (avec différence de thématisation) permet de traduire ensuite les sèmes genesis et search for the origins au moyen d’une seule expression (« remonter aux sources »).

 

10 h 10

La première section du chapitre 2, très brève, voit un foisonnement de 6% (5.398 > 5.714).

 

12 h 15

 

the country's.PNG

 

Impression de me traîner, mais j’ai traduit cinq pages (et étendu deux lessives). Ma foi…Je m’interromps pour signaler ce qui me semble être une erreur de syntaxe dans le texte-source, ou, à tout le moins, une répétition qui risque d’être source de confusion. Dans cette phrase, les deux génitifs (the country’s) surlignés en jaune correspondent à deux pays différents : le Libéria, puis les États-Unis. J’ai donc préféré préciser : « Frustré de voir le faible nombre d’Afro-Américains émigrant au Libéria, Blyden, qui était alors ministre de l’Intérieur du pays, lança en 1864 que même la perspective imminente de l’émancipation des esclaves américains ne devait pas susciter de faux espoirs chez les Noirs des Etats-Unis. »

Mais ce genre d’erreur m’interroge à deux titres : tout d’abord, il est trop tard pour la signaler (le livre est sorti mardi dernier aux États-Unis) ; ensuite, suis-je en train de travailler sur le texte définitif, ou va-t-il falloir que je repasse au peigne fin la quarantaine de pages déjà traduites afin de m’assurer que French n’a pas ajouté, retiré ou modifié entre ce PDF de l’éditeur qui date de mai dernier et la version publiée ?

 

12 h 35

Pour les trois pages supplémentaires traduites, mon coefficient de foisonnement est moins bon (9.151 > 9.949, presque 9%). Je vais aller relire avec mes petits ciseaux virtuels. Par ailleurs, en repensant à l’inquiétude de l’éditrice qui me disait, jeudi de la semaine dernière, ne pas pouvoir calibrer le texte ni, par conséquent, le nombre de feuillets prévu pour la traduction, je me suis livré à une estimation : 2 500 signes par page ; 470 pages dans le PDF, moins 40 environ de pages blanches, soit 1 075 000 signes > 1 182 500 en appliquant un coefficient de 10% > 788 feuillets.

Je vais essayer de ne pas flancher et de poursuivre la traduction cet après-midi.

 

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samedi, 12 juillet 2025

SecEM, 12 _°_ la double conscience, on n'en a pas fini

1er septembre

9 h

Levé tôt, j’ai pu traduire les quatre pages et demie que j’ai été trop flemmard pour m’infuser hier, et avec un foisonnement convenable (6,5%). J’écoute des chansons tirées de l’immense répertoire de Tagore, le Rabindrasangeet, et j’ai découvert une chanteuse, Srabani Sen, que je trouve sublime, aussi parce qu’elle s’entoure de musiciens qui renouvellent profondément mais subtilement le genre. Ce répertoire est l’occasion de tomber dans un terrier de lapin, comme disent les anglophones par allusion à Alice au pays des merveilles, car chaque poème/composition de Tagore donne lieu à des vingtaines de versions dont chacune est porteuse d’une culture ou d’une inflexion spécifique, par exemple avec Shangan Gagane Ghor [শাঙনগগনে ঘোর ঘনঘটা / Le ciel se charge de nuages].

 

Pour en revenir à la traduction, pas mal de petites – et moins petites choses – à noter :

EU.PNG

 

1) French cite Ethiopia Unbound en redécoupant les citations d’une manière qui l’arrange ; j’ai réussi à restituer à la fois le sens du passage d’origine (je donne ci-contre la page entière, car ça me désole depuis si longtemps de ne pouvoir faire publier ce livre majeur en français) et ce que French veut en faire.

 

2) Il y a cette phrase : London viewed this nascent indigenous elite as first a nuisance, later a potential threat, and sought to discredit its members with the outrageous claim that their Western training had fundamentally denatured them. Pas mal bataillé pour traduire the outrageous claim. Après avoir hésité avec « affirmer sans rougir » et « toute honte bue », j’en suis là (pour le moment) : Londres trouva d’abord embarrassants ces premiers membres de l’élite africaine, avant de voir en eux une menace potentielle, et de tenter de les discréditer en arguant – ce qui était passablement culotté – que leur formation occidentale les avait fondamentalement corrompus.

 

3) Autre phrase, dans laquelle, cette fois-ci, un substantif m’a dérangé (chauvinism) : Some described Casely Hayford as a nativist, but his reasoning was no mere chauvinism. Même si le côté très européen de la référence aux clochers est un peu gênante, j’en suis là : On a pu taxer Casely Hayford de « nativisme », mais son raisonnement était loin d’être mû seulement par l’esprit de clocher.

 

ardélion.jpg

 

 

4) Tentant de traduire l’expression “the unofficial Black president of the United States” (et tenté, mais c’est une autre histoire, de ne pas traduire du tout cet “unofficial” qui me semble évident dans le contexte), je découvre, grâce au CRISCO, le substantif ardélion, que le Dictionnaire de l'Académie définit comme un « homme encombrant par son empressement indiscret et maladroit », en précisant qu’il s'agit (ouf !) d'un terme « vieilli et peu usité ».

 

 

5) Enfin, un point qui me concerne ou m’intéresse particulièrement en tant que chercheur : la critique par Casely Hayford de la double consciousness de Du Bois me semble en partie erronée, ou en tout cas anhistorique. C’est à creuser, d’autant que French (soucieux de ne pas vouloir donner raison à un Afro-Américain ?) ne souligne pas du tout les contradictions de cette position.

 

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vendredi, 11 juillet 2025

SecEM, 13 _°_ Merle mère et fils

2 septembre

    Une après-midi de traduction, et il me reste deux pages dans le chapitre 2. Je doute d’avoir assez d’énergie pour la suite. Je me suis beaucoup perdu dans les pages 48-50, découvrant notamment un certain nombre de choses sur la traduction d’Invisible Man de Ralph Ellison par Magali et Robert Merle. Je barre le nom de Robert, car d’après son (leur ?) fils Pierre il n’était qu’un prête-nom pour mettre en valeur la traduction, mais c’est elle qui se tapait tout le travail.

B. V., l'éditeur du Nouvel Attila, me signale l'existence d'une autre traduction, antérieure, intitulée Au-delà du regard, et due à Michel Chrestien. Curieusement, une rapide recherche dans le SUDOC ne permet pas de trouver ce titre, ni sous "Ralph Ellison > français", ni sous les ouvrages publiés, comme traducteur ou auteur, par Jacques Silberfeld dit Michel Chrestien. L'article Wikipédia de ce dernier ne répertorie pas non plus cette traduction. De même, la notice d'auteur d'Ellison à la BNF ne répertorie pas cet Au-delà du regard, pourtant publié par Denoël, dixit B.V. Mystère.

 

gayest.PNG

 

Une phrase de Du Bois – dans un article dont il m’est difficile de savoir s’il a été traduit – me donne du fil à retordre, car, se moquant de Garvey, Du Bois y emploie le superlatif de gay (“gayest”) dans un sens allusif peut-être homophobe. Une autre citation – poétique, dit French (admettons) – de Du Bois me laisse, cette fois, dubitatif quant au sens de la pointe finale ; cela, je le laisse en surligné jaune et j’utiliserai mes informateurices anglophones pour trancher.

 

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jeudi, 10 juillet 2025

SecEM, 14 _°_ traduire en chercheur, la galère

4 septembre

9 h 15

    Hier, j’ai bouclé le chapitre 2 ; deux malheureuses pages et demie, mais qui m’ont pris toute une matinée, car je me suis égaré dans des trucs invraisemblables, notamment à chercher la citation originale d’un administrateur colonial français au Sénégal, pour me rendre compte que French cite en fait The Age of Garvey d’Adam Ewing (2014), lequel donne donc cette citation en anglais… sans aucune source…

Ewing Garvey.PNG

 

À ce niveau de foutage de gueule, je me suis donc décidé à retraduire les deux très brèves citations (huit mots en tout) en français, en me disant que, pour Braudel, Nardal ou Aimé Césaire, il est impératif de retrouver le verbatim, mais que pour un obscur administrateur colonial s’affolant de la propagation des idées de Garvey, ya basta !

 

 

Candido.PNG

 

Je me suis aussi surpris à commencer de lire – one thing leading to another – le début d’un autre livre d’histoire, An African Slaving Port and the Atlantic World de Mariana Candido (2013), qui traite du port angolais de Benguela ; cela m’a évidemment évoqué le nouveau livre d’Olivette Otele, Fifteen Ports, qui doit sortir début 2026 et dont elle a déjà annoncé que les droits de traduction en avaient été acquis pour l’allemand et l’espagnol. Je n’ai rien lu de ce livre, bien entendu, et ne sais même pas quels sont les quinze ports retenus par l’historienne ; je me suis fait une petite liste, j’espère avoir visé juste au moins pour moitié. J’admets que je n’avais pas pensé à Benguela, ce qui prouve à quel point il me faudrait lire le livre de Mariana Candido, mais il y a fort à parier que, vu l’existence de cette monographie, Olivette Otele ne l’aura pas retenu dans ses quinze…

Pour dire toute la vérité, je me suis aussi trituré les méninges pour tenter de traduire, sans en trahir le style, certaines phrases particulièrement ampoulées, quoique brèves. Ma collègue S. B. m’a justement fait remarquer : « Je disais aux étudiants en thème, “on n’est pas censé corriger l'original”. » Mais, comme je le lui ai répondu : « C’est tout à fait vrai. Toutefois, dans une traduction publiée, en particulier d’un essai, il est toujours préférable que le lectorat comprenne un peu ce que c’est censé vouloir dire. »

 

Aujourd’hui, je vais essayer de continuer sur ma lancée et de commencer la traduction du (long) chapitre 3.

 

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mercredi, 09 juillet 2025

SecEM, 15 _°_ à la pêche aux citations

5 septembre

6 h 30

    Hier, j’ai traduit la première section du chapitre 3, une maigre ration de 10.000 signes, dans laquelle se trouvaient, de surcroît, plusieurs citations tirées de l’autobiographie de Nkrumah, que je n’ai pas traduites, étant donné que je dois me procurer la traduction française (de 2009 apparemment) pour pouvoir citer une traduction publiée, et non échafauder mon propre texte parallèle. J’ai commandé un exemplaire auprès du PEB, avant de voir qu’apparemment le livre coûte 9 euros. De même, dans la deuxième section, que je compte traduire aujourd’hui (9.500 signes), il y a une autre citation extraite de l’autobiographie, et une d’Orwell (Road to Wigan Pier, dans l’édition Mariner de 1958, p. 136) ; il y a aussi une citation de la Bible, et je vais devoir décider quelle traduction choisir.

notes ch 3.PNG

 

 

Hier après-midi, l’éditeur m’a envoyé le contrat, à signer par voie électronique, mais ils se sont trompés dans mon n° de téléphone portable ; or, la signature fonctionne par confirmation de code reçu par SMS.

Pour le calibrage, P. B. a retenu un coefficient de foisonnement (dénommé « pourcentage de revalorisation) de 15%, alors que c’est habituellement situé autour de 10%. Je ne me rappelle pas quel coefficient avait été appliqué pour Born in Blackness, mais ce qui est certain, c’est que, dans l’idée de rendre le livre moins indigeste pour le lectorat français, je compte me situer en-deçà de 10%. Cela signifie que je toucherai moins lors du troisième tiers, mais cela n’a pas d’importance.

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mardi, 08 juillet 2025

SecEM, 16 _°_ écorce de fange

12 septembre

    Fini, en suant – ça n’a pas été une partie de plaisir – le chapitre 3, deux pages et demie hier après-midi, quatre pages aujourd’hui. J’ai fait cela en plus du reste, et en étant passablement crevé. Il a fallu faire quelques recherches assez oiseuses, en constatant notamment que, sauf erreur de ma part, aucun livre de Claude Brown n’a été traduit en français, pas même le classique Manchild in the Promised Land. Et puisque ce titre cite évidemment la Bible, autre impasse : un président d’université d’obédience presbytérienne que cite French déclarait, en 1856, vouloir arracher les Africains à leur bark of slime, littéralement leur « écorce de fange » (ou leur barque de fange ?). J’ai eu beau chercher, je n’ai pas du tout trouvé la source de cette image étrange, qui ne se trouve probablement pas dans la Bible ; j’ai fini par décider que le gugusse avait fait du genre, et je l’ai traduit comme si ce n’était pas une référence (ça ne change pas grand-chose, mais j’ai perdu une demi-heure).

J'ai encore cinq jours d'avance sur le rétroplanning. Comme le chapitre 4 est aussi long que le 3, il faut que je m'organise, avec la reprise des cours, pour ne pas flancher.

 

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lundi, 07 juillet 2025

SecEM, 17 _°_ tilth ne fit pas tilt

14 septembre 2025

8 h 20

    Vu que je vais, comme à mon habitude, préparer mes cours de mardi à la dernière minute, autant tenter de mettre à profit ce dimanche pluvieux, quasi novembrien, pour poursuivre la traduction. Et puis, tant qu’à avoir fini par prendre un doliprane en sus de mes deux mugs de café, on peut espérer que je ne traînerai pas trop du clavier. J’ai programmé la fin du chapitre 4 pour le 24 septembre, de sorte que je suis bien dans les temps, pour l’instant.

MIlton XI.PNGJe viens de relire la première section du chapitre, ma ration du jour : cinq pages, 13.000 signes. Il y a au moins un mot que je pense n’avoir jamais rencontré, tilth (dérivé du verbe till) : « This was a mere foretaste, though, of what would come out of Lincoln’s verdant and rolling patch of Pennsylvania tilth and homesteads. » Vérification faite, on le trouve dans des traductions anglaises d’Euripide ou des Géorgiques, sous la plume de Hazlitt (que je n’ai pas lu), dans O Pioneers! de Willa Cather (pas lu non plus) et dans le livre X du Prélude de Wordsworth (je confesse ne pas être allé aussi loin dans ma lecture du grand poème autobiographique). J’ai lu autrefois, en 1997, Paradise Lost, extraordinaire souvenir de lecture d’ailleurs, mais je n’avais pas dû m’arrêter outre mesure sur ces vers (XI, 429-433) :

His eyes he opened, and beheld a field,

Part arable and tilth, whereon were sheaves

New reaped, the other part sheep-walks and folds

In the midst an altar as the landmark stood,

Rustic, of grassy sord.

Sans savoir si cela me servira, voici comment Chateaubriand traduit ce passage : « Adam ouvrit les yeux, et vit un champ : dans une partie de ce champ, arable et labourée, étaient des javelles nouvellement moissonnées ; dans l’autre partie, des parcs et des pâturages de brebis : au milieu, comme une borne d’héritage, s’élevait un autel rustique de gazon. » Remarquons que Chateaubriand ne s'est pas embarrassé pour tenter de traduire sord (variante archaïque de sward) ; pourtant, traduisant en prose, il n'avait guère de raison de pratiquer l'effacement.

 

Revenons à nos moutons... —— Plus loin, French s’amuse à forger un adjectif composé comme la langue anglaise les autorise : « the older, conservative, stay-out-of-politics-keep-your-nose-to-the-grindstone tradition of Booker T. Washington ». Mon réflexe serait de traduire ça par un truc du genre : la bonne vieille tradition conservatrice du « pas de vagues, le nez sur le guidon » héritée de Booker T. Washington.

On verra…

 

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dimanche, 06 juillet 2025

SecEM, 18 _°_ bellowed, or not

18 septembre 2025

9 h 35

    Je vais me mettre à la traduction, après deux heures à préparer des cours, une heure de bricoles. Je viens de relire les pages restantes du chapitre 4 (8 pages, 22.000 signes : ne rêvons pas, je ne traduirai pas tout aujourd’hui).

 

14 h

Trois pages… c’est compliqué, car je suis fatigué mais surtout parce qu’il y a pas mal de choses compliquées dans ces 3 pages. Ayant fini par remonter à la source d’une citation qui me semblait vraiment opaque (mais non sans avoir cherché quel pouvait être le sens de cet énigmatique bellowed), j’ai constaté qu’il y avait tout simplement une coquille (beloved). Je me suis permis d’écrire à French, avec qui j’avais un peu échangé, pour la précédente traduction :

Dear Howard French

I hope that you are well. As you might know, I have the pleasure of being commissioned to translate your new book The Second Emancipation. First, let me tell you how exciting this essay is, and how important it’ll be for the French public, as you can well imagine that Kwame Nkrumah is even less remembered in our parts. I have worked for quite a few years now on different texts by Ghanaian writers that represent, explicitly or in more indirect ways, Nkrumah and his heritage (Ama Ata Aidoo, Amma Darko among other writers). So this is really a great opportunity to deepen my knowledge too.

I have not received a hard copy of the published book and I am working on a PDF, so I thought I should inform you that I have noticed two misprints in chapter 4, both on p. 78: “Emelia” instead of “Amelia”, and “bellowed” instead of “beloved”. If there is any update which you might want me to consider for the French edition, do not hesitate to let me know.

With my best regards,

 

beloved.PNG

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samedi, 05 juillet 2025

SecEM, 19 _°_ après report d'extraits de la traduction de Charles Patterson

20 septembre

    Hier j’ai consulté en salle, à la B.U., sur un exemplaire prêté par la B.U. de Pessac et donc inempruntable, la traduction française de l’autobiographie de Nkrumah, afin d’en reporter les passages idoines dans ma traduction : quand French cite ce texte, il faut bien que le lectorat français puisse lire des extraits d’une traduction accessible, et pas mon palimpseste rebidouillé. C’est une question d’éthique. La traduction de Charles Patterson, publiée en 1960, n’a pas été révisée pour la réédition de 2009, ce qui est l’occasion de quelques sursauts de ma part, mais globalement le texte ne pose pas de problème majeur. Il n’y a que pour son usage aberrant des virgules que je suis tenté de corriger, ni vu ni connu.

Voici un exemple d’un extrait que je viens de reporter (j’ai passé deux heures à cette activité fastidieuse), avec, tout d’abord, le texte de Nkrumah (texte-source) puis le texte de Patterson (texte-cible) :

It was very embarrassing. Here was a European witnessing a most undignified Negro service. As we left the church I tried to apologise but he seemed surprised at this and said, with all sincerity, that it was the most beautiful thing he had seen so far in any church. If other denominations introduced something like it, he added, they might have a greater following. It was my turn to be astonished and I believe it was this young man who got me interested in theology.

C’était très embarrassant. Voilà donc un Européen, qui se faisait le témoin oculaire de dévotions auxquelles des Noirs se livraient, avec un manque absolu de tenue. En quittant l’église, j’essayai de m’excuser auprès de mon hôte qui en paraissait surpris. Il me dit en toute sincérité, que c’était la chose la plus belle qu’il ait vue dans n’importe quelle église. Si les autres confessions devaient se calquer là-dessus, ajouta-t-il, elles pourraient s’attirer beaucoup de fidèles. J’en fus étonné à mon tour, et je crois que c’est à ce jeune homme que je dois mon intérêt pour la théologie.

 

La virgule après sincérité me vrille les neurones : soit il faut ajouter une virgule avant le syntagme prépositionnel, afin d’en faire une véritable incise, soit il ne faut pas de virgule du tout. Pour la phrase en gras, elle témoigne d’un goût certain, quoique heureusement ponctuel, de Patterson pour la surtraduction.

Allez, ce n’est pas tout ça : je me lance dans les 5 dernières pages du chapitre 4.

  

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vendredi, 04 juillet 2025

SecEM, 20 _°_

21 septembre, 10 h 20

 

    Je viens de finir le bout du chapitre 4 pas fini hier. Le taux de foisonnement sur ces 5 dernières pages est de 14% (et encore, j’ai retiré les notes de bas de page du calcul). Cela est dû, sans doute, à l’insertion de citations tirées de la traduction publiée de l’autobiographie de Nkrumah, mais aussi, peut-être, au fait que, pour tout un tas de raisons, ces pages m’ont donné du fil à retordre. Pas le temps ni l’énergie maintenant, mais je note ici qu’il faudra faire un lissage – avec les ciseaux – de cette dernière section du chapitre 4. Et serrer la vis sur le chapitre 5.

Dans mon rétroplanning, ce chapitre était noté pour le 24 septembre. Les semaines qui viennent vont être de la pure folie : colloques, postface à écrire pour le livre d’Aidoo, émission de radio…

 

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jeudi, 03 juillet 2025

SecEM, 21 _°_

20 octobre, 16 h 15

    Après un mois sans toucher à cette traduction, je m’y remets, plus pour dérouiller la machine que par conviction. Ce mois a été très intense : outre les cours, quatre communications à Paris, Jaén, Lille et Nantes (dans trois jours), toutes susceptibles de donner lieu à publication (les articles pour Paris et Lille sont à écrire d’ici la fin novembre). Je n’ai donc pas chômé, mais pour ce chantier je suis en retard. Je me rassure en me disant que le second semestre sera beaucoup plus calme, ce qui est vrai : quatre cours seulement, dont celui d’agrégation sur Paradise qui aura surtout lieu après la date de remise de la traduction. Bref, pas de quoi s’affoler. J’ai trois chapitres de retard, si on s’en tient au rétro-planning. Ce week-end en relisant la traduction de Our Sister Killjoy que nous avons finalisée avec Patricia Houéfa Grange, et en rédigeant quelques paragraphes pour la postface, je suis retombé sur les deux lignes du premier chapitre au sujet du boycott de l’Afrique du Sud, que je cite ici en V.O. :

One more Nkrumahn hallucination.

The man was great.

 

Tout est relié, cohérent, dans les travaux que je conduis.

En attendant, me voici avec ces 15.000 signes que je devais traduire pour il y a trois semaines.

 

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mercredi, 02 juillet 2025

SecEM, 22 _°_ reprise pour sept semaines jusqu'à Noël

3 novembre, 8 h

 

    Je viens de reporter dans le fichier principal de traduction la dizaine de pages traduites à Cagnotte, chez mes parents, pas dans de très bonnes conditions : je me suis habitué au confort d’un grand écran et l’ordinateur portable me bousille les yeux assez vite. Peut-être aussi que j’étais trop facilement distrait. Il va falloir m’y remettre, et sérieusement, alors que novembre s’annonce ultra-chargé.

Déjà, essayer de finir le chapitre 7 d’ici mercredi. Je ne sais toujours pas ce que je dois préparer pour la séance inaugurale, déjà reportée une fois, du séminaire que je co-organise avec C. Rabier à l’EHESS. Je fais ça de façon totalement bénévole et j’ai un peu l’impression de me faire avoir.

Pour en revenir à la traduction, il y aurait beaucoup de remarques à faire sur le chapitre 6 mais il faut que je fasse preuve de pragmatisme aujourd’hui.

 

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mardi, 01 juillet 2025

SecEM, 23 _°_ enfin la reprise (après deux mois d'interruption)

17 janvier 2026, 8 h 40

    C’est un désastre : pas traduit une ligne en deux mois. Et il me reste donc deux mois et demi pour traduire… les 3/4 du livre… J’attaque donc aujourd’hui le chapitre 10, qui compte 16.263 signes. Il va falloir que je traduise 40 pages par semaine d’ici fin mars. C’est possible. Il faut que ce soit possible.

 

12 h 30

Le premier jet compte 18.310 signes. Il y a une citation de Senghor dont je ne trouve pas le texte original, et qui est donc laissée en suspens. Le foisonnement est tout de même de 12%. Il faudrait rabioter par ci par là lors de la relecture.

Certaines phrases présentent des redondances, étranges si on considère que le livre a l’air d’avoir été écrit et relu avec beaucoup de soin. Ici, le même SP en début et en fin de phrase : « On the continent, the years from the onset of the Great Depression through the end of the war were utterly lost to meaningful progress on the continent. » Dans des cas comme celui-ci, je suis trop content de sabrer.

Là où je ne gagne pas de temps, c’est quand, pour chercher une citation de Pleven en 1944, je tombe sur l’intégralité du discours de clôture de la conférence de Brazzaville, lequel est aussi stupéfiant que passionnant. 

J’ai parcouru aussi un article de Robert Cornevin, que cite French — édifiant.

J’assume une forme d’interventionnisme, aussi. Ainsi, quand French qualifie les massacres de Thiaroye d’incident, je choisis de surtraduire, d’autant qu’il ne fait pas mystère de la gravité de ce qui s’est passé alors. Il s’agit d’un crime colonial documenté, qui a été un peu repris dans la presse et sur les réseaux sociaux lors du quatre-vingtième anniversaire, en décembre 2024, de sorte que je n’imagine pas qu’un livre paraissant en France fin 2026 puisse, même par maladresse, évoquer le massacre d’entre 35 et 400 soldats africains démobilisés et désarmés sous le nom d’incident. Et pas un livre portant mon nom comme auteur du texte français. On lira donc : « Bien que ce drame n’ait pas débouché aussitôt sur la création d’une organisation politique plus large dans la colonie, les historiens font remarquer que certains des survivants du camp de Thiaroye ont créé un groupe appelé le Mouvement nationaliste africain, avec un journal militant intitulé La Communauté. »

Autre interventionnisme, plus évidemment factuel celui-là : quand French parle de Houphouët-Boigny en 1946 comme d’un député et ministre, je rectifie en disant de lui : « un riche propriétaire de plantation ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, qui siégeait à l’Assemblée nationale française et devint même ministre de la Quatrième République après 1956 ».

 

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lundi, 30 juin 2025

SecEM, 24 _°_ tablier, jupes, basques

17 janvier, 14 h

    J’enchaîne ce même jour avec le chapitre 11 (18.247 signes). Au moins le titre (Saltpond) ne va pas me donner la migraine. Dès le premier paragraphe, je dois effacer une formulation sans doute très élaborée, mais qui me semble tomber à plat : « In the 1740s, though, when it overtook Bristol, its commerce had been altogether more specialized and savage, centered on a trade in enslaved Africans. Now, what it was re-exporting was a man on a mission, albeit self-appointed and largely unheralded, to free his country, and all of Africa, from colonial rule. » L’analogie qui souligne qu’après avoir importé des millions d’esclavisés noirs Liverpool exportait ce jour-là un grand homme (Nkrumah) me paraît maladroite ; je ne vois pas comment la traduire sans que le texte ne soit malaisant. Je sabre.

 

18 janvier, 7 h

Je reprends ce chapitre, dont j’avais traduit 3 pages hier après-midi ; il m’en reste 4. Première chose que je vois en ouvrant le fichier Word, bien sûr : la première phrase du chapitre 11. Hier, face à la lourdeur des hypothèses, j’avais fini par effacer (omettre) la fin de la phrase anglaise (with products of all kinds) : « Les docks de Liverpool ont approvisionné le monde entier. » Et là, c’est terrible, en relisant la phrase, j’ai tout de suite trouvé la bonne formule qui m’échappait hier : « Les docks de Liverpool ont approvisionné le monde entier en marchandises diverses. » J’ai un peu honte de l’écrire, mais l’expression toute faite m’est sans doute venue à l’esprit à cause de la chanson de Nino Ferrer, Mamadou Mémé :

Mamadou Mémé faisait du commerce

Il vendait des marchandises diverses

Bref, reprenons le fil de cette traduction.

 

7 h 30

À la page 139, French écrit ceci, en se trompant légèrement dans le sens de la locution latine ipso facto : « With his political life now beginning in earnest, the gospels spilled over into the way he thought and spoke about himself, at least in his ipso facto storytelling. » J’ai donc traduit différemment : « Au moment où commençait pour de bon sa carrière politique, sa manière de parler et de penser était pétrie de références aux Évangiles, à tout le moins si l’on en croit sa version des faits. » Toutefois, j’ai procédé par compensation, en utilisant cette même locution latine à la dernière phrase du paragraphe précédent, et ce alors qu’il ne se trouve pas dans le texte anglais : « Pour citer une formule à la mode au Ghana, à l’époque comme aujourd'hui, Nkrumah était un « petit garçon » : ipso facto, un pantin dont les hauts dignitaires de l’UGCC tireraient les ficelles. » — On s’amuse, hein…

 

10 h 05

Chapitre terminé. 19.450 signes, soit 6,5% de foisonnement : très bien, ça me fait une moyenne inférieure à 10% avec le chapitre 10 traduit hier. J’ai sans doute surtraduit la phrase suivante, au milieu du chapitre : “But instead of immediately heading to meet with the group, he traveled to Tarkwa, the venerable western mining town, whose clustered workers’ bungalows, smokestacks, and rock crushing works clung to the apron of old pits.” En effet, comme dans le même paragraphe, deux lignes plus loin, le texte raconte les retrouvailles de Nkrumah avec sa « mère adorée », j’ai choisi de comprendre apron, non comme une métaphore figée au sens purement géologique (comme l’autre occurrence d’apron dans le livre), mais comme une sorte de prolepse avec personnification : les bâtiments miniers sont construits autour des fosses à ciel ouvert comme une nuée d’enfants traînant dans les jupes de leur mère. Voici donc mon premier jet : « Au lieu d’aller aussitôt rencontrer les responsables du parti, il se rendit dans la bonne vieille ville minière de Tarkwa, à l’ouest du pays ; là, les bicoques des ouvriers, les cheminées d’usines et les concasseurs de roches entouraient les fosses minières comme autant d’enfants accrochés au tablier de leur mère. ». Problème, l’image en français est plutôt celle des jupes ou des basques. C’est un premier jet, ce que j’ai d’ailleurs signalé avec un fluorotage rose du SP final. (Les fluorotages jaunes me servent à indiquer une citation dont je dois retrouver, soit la version originale quand French cite un auteur français en anglais, soit la traduction publiée, quand il cite par exemple un texte de Nkrumah qui a fait l’objet d’une publication en français.)

 

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dimanche, 29 juin 2025

SecEM, 25 _°_ dix pages par jour

18 janvier, 11 h 25

    À titre de « préparation de copie », je viens de copier-coller, comme je le fais à chaque fois que j’“attaque” un chapitre, le texte anglais à partir du PDF non protégé que l’éditeur a pu me fournir lors de la signature du contrat. Cela me permet d’avoir le texte anglais dans le même fichier, et surtout de traduire § par §. En procédant à cet assez fastidieux copier-coller (fastidieux, car il faut que je réassemble toutes les lignes), je survole le texte du chapitre (j’ai lu le livre en juin dernier donc un petit rafraîchissement de mémoire n’est pas inutile) et ça me permet même de penser immédiatement à des solutions pour les éléments lexicaux ; par exemple, j’ai vu passer « proto party » et j’ai aussitôt pensé à « embryon de parti » ou « parti embryonnaire ». Je peux aussi repérer des passages qui sont des citations requérant de pénibles recherches sur le Web afin d’en trouver l’original ou la traduction publiée. Tout à l’heure j’ai aussi lu une expression imagée que je ne connaissais pas : gilding the lily. (J’ai compris ça, vite fait, comme « embellir le tableau », mais il faudra vérifier.)

Ce chapitre (12) est long de 12 pages et de 31.362 signes. Si j’en traduis la moitié aujourd’hui, ce sera bien, car ça voudra dire qu’avec la fin du chapitre 11 je serai à mon étiage idéal de 10 pages par jour.

 

14 h 30

Traduit 4 pages en deux temps. Là, je vais faire une pause (promenade puis match de rugby à la télé puis préparation de l’émission de radio de demain).

 

19 h 30

Après une petite heure supplémentaire, j’ai traduit la moitié du chapitre 12, donc 10 pages aujourd’hui. Il faudra le terminer demain, et si possible commencer le suivant.

Capture.PNG

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samedi, 28 juin 2025

SecEM, 26 -°- avecque la mangou-ous-te

19 janvier

14 h 30

    Je m’y mets tard, en raison de l’émission de radio et de quelques bricoles de boulot. Je doute de traduire 10 pages aujourd’hui, et demain moins encore.

 

17 h

Mis le point final à la dernière phrase au moment où Soazig s’en allait : six pages traduites pendant le ménage complet des deux étages. 33.774 signes, soit un foisonnement encore nettement inférieur à 10%. C’est très bien : je serai moins payé (vu que l’éditeur avait calibré à 15% je crois) mais le livre sera plus digeste, plus lisible.

Je me suis un peu amusé avec la fameuse expression gilding the lily, que j’ai fini par traduire par ne pas y aller avec le dos de la cuillère ; ça fonctionnait bien, dans le contexte. Les dictionnaires donnaient en faire trop, mais justement : se méfier des équivalences (j’ai écrit ça il n’y a pas longtemps, mais où ?).

Capture.PNGFrench dit que Nkrumah eut pour seul compagnon de cellule, pendant ses six semaines au secret, une mangouste, qu’il consacre une phrase de trois lignes à décrire. Je traduis, je ne pose pas de question, mais tout de même, en 2025, alors que Google existe depuis un quart de siècle, et Wikipédia depuis vingt ans, quel sens ça a, même en imaginant l’inculture du lectorat (américain), d’expliquer ce qu’est une mangouste ? Peut-être est-ce pour attirer l’attention du lectorat sur l’animal qu’il a choisi pour le titre du chapitre… pour ma part, j’y lis une subtile allusion politique, Nkrumah s’étant retrouvé isolé des leaders de l’UGCC à la suite des émeutes de février 1948 et de cette détention. En tout cas, on s’attend – et c’est déceptif – à ce que le titre (The Mongoose) indique quelque surnom dont aurait été affublé Nkrumah.

 

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vendredi, 27 juin 2025

SecEM, 27 -°- le chapitre 13

21 janvier 2026

6 h 45

    Pas pu traduire hier, mais je m’y attendais : séminaire de l’EHESS sur Fanon le matin, Secret Santa, déjeuner avec Ezra, cérémonie des vœux, réunion des capitaines d’équipe au Réveil Sportif…

Aujourd’hui je dois traduire les douze pages du chapitre 13.

C’est tout.

Le chapitre 13 compte 32.823 signes.

(C’est étrange, cet usage transitif du verbe compter avec l’objet du calcul en sujet. Encore un énième contre-exemple à opposer aux tenants du cartésianisme de la langue française.)

 

7 h 50

Trois pages en une heure ! — ne vai pas dourat, hélas.

J’ai clos ce premier acte en hésitant beaucoup pour traduire la phrase avec expression figée imagée : The tail was now wagging the dog.

Il s’agit du moment où les jeunes partisans de Nkrumah, fondant le CPP, semblent le déborder un peu. Possibilités :

  • Il se faisait quelque peu déborder par sa base.
  • Le peuple prenait franchement le contrôle.
  • La situation s’inversait.

 

Là encore, les solutions proposées par les dictionnaires ne conviennent pas du tout (se méfier des équivalences ou modulations lexicalisées, ditto) : c’est le monde à l’envers. Alors, oui, en général, la queue qui remue le chien, ça implique quelque chose d’impossible, de contre-nature en quelque sorte, mais ici – et c’est peut-être French qui l’emploie abusivement – les décisions des jeunes partisans de Nkrumah vont totalement dans son sens. C’est juste que Nkrumah hésitait davantage et qu’ils lui forcent la main. Tiens, autre possibilité :

  • Il se faisait un peu forcer la main.

 

J’ai aussi appris, en vérifiant que l’expression n’incluait pas de préposition, la « valse hésitation » (terme que je n’avais employé ou entendu qu’à l’oral, jamais vu écrit) était bel et bien une sorte de danse, et que, dans son sens figuré, elle prend un trait d’union. J’ai découvert aussi un tableau de Magritte ainsi intitulé, et noté, sans surprise, que le TLFi citait le Figaro, mais pas la chanson de Brassens que j’associe à cette expression (Le vieux Normand).

 

9 h 50

À la page 162, il y a cette formule : it was a mere gift horse designed to frustrate and constrain the CPP. Le cheval donné (qui permettrait théoriquement une équivalence, si ce n’est que l’expression est ici tronquée : to look a gift horse in the mouth >< à cheval donné on ne regarde pas les dents – se montrer regardant), j’ai choisi de le traduire ici par cadeau empoisonné, redoublant ainsi le gift anglais (on) et le Gift allemand (poison), qui n’a rien à voir dans l’affaire : c’est la coïncidence du plurilinguisme. Je suis moins convaincu par la suite de ma traduction : ce n’était qu’un cadeau empoisonné pour que le CPP se retrouve pieds et poings liés. J’avais songé à « pour lier les mains au CPP », mais je pense que cette expression est plus désuète, moins compréhensible aujourd’hui.

 

10 h 10

Huit pages traduites. Je traduirai bien tout le chapitre 13 aujourd’hui. Il fait (très) beau mais je vais aller faire un peu de vélo d’appartement au sous-sol, histoire de me détendre le dos et de fatiguer la bête.

 

12 h 30

Fini ! Douze pages en à peine six heures (dont au moins 1 h 30 d’interruption, en mettant diverses bricoles bout à bout). Si je réussis à garder ce rythme-là sur les quatre journées que je peux consacrer pleinement à la traduction (mardi, mercredi, samedi et dimanche), je n’aurai pas de mal à rattraper mon retard. Mon texte non relu non dégrossi atteint les 36.000 signes, je suis donc toujours un peu en-dessous de 10%. Et pourtant j’enlève de toutes petites choses (inutiles) par ci par là. Un exemple intéressant : night-time curfew – que j’avais d’abord traduit presque littéralement par « couvre-feu nocturne ». Je me suis posé beaucoup de questions, mais je trouve l’expression française, telle quelle, ridicule car redondante. Sans doute est-ce parce que le mot est nettement plus transparent en français : curfew est une déformation du français, et plus aucun anglophone ne peut lire son sens dans sa forme. La rupture entre le signifiant et le signifié est totale, de sorte que l’adjectif night-time ne donne pas la même impression de pléonasme.

 

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jeudi, 26 juin 2025

SecEM, 28 -°- l'esbroufe mystique

21 janvier 2026

14 h 30

    Le chapitre 14 compte 35.668 signes. Ce livre est quand même monstrueux. Comme j’ai déjà traduit douze pages aujourd’hui, je ne ferai sans doute guère mieux qu’effleurer ce chapitre-ci, long de 14 pages.

 

23 janvier

6 h 22

Sept pages sur 14 traduites entre mercredi soir et jeudi. Aujourd’hui il faut au minimum que je termine ce chapitre. Je relisais les premiers billets de ces carnets de traduction, et m'aperçois que je divaguais ou digressais nettement plus au début. Depuis que je m’y suis remis, il y a une semaine, on sent que je n’ai pas de temps à perdre, et donc, hélas, les développements sur des points lexicaux, culturels ou traductologiques en pâtissent. C’est un peu dommage, mais qui a le temps de traduire 700.000 signes en dix semaines en parallèle de son emploi principal, et d’écrire de surcroît des commentaires de son travail ?

 

8 h 25

J’avais dû mal compter car il me reste deux grosses pages seulement.

Je me suis pas mal amusé à traduire l’extrait de la correspondance d’Arden-Clarke, dont contrairement aux nombreux extraits de l’autobiographie de Nkrumah, je ne serai pas obligé d’aller chercher la traduction publiée et que je peux donc traduire moi-même. Quand il écrit de Nkrumah qu’il a peu d’humour (He has little sense of humor), j’étais à deux doigts d’écrire : il rit quand il se brûle. Pour scallywags, je n’ai pas trouvé le nom qui traduise précisément la nuance très british et très arrogante du terme. J’ai donc donné la priorité au sens (fripouilles).

 

WhatsApp Image 2026-01-24 at 08.02.29.jpegAutant je suis hyper d’accord avec Howard French, autant j’ai connu des syntagmes nominaux plus faciles à traduire. Ça n’a un peu aucun sens ici, donc j’ai mis : « Avec son casque à plumes, ses épaulettes dorées son écharpe rouge et les médailles ornant son poitrail, chacune représentant un des trois saints tutélaires du royaume, Saint Michel, Saint Georges et Saint Jacques, il incarnait à la perfection le don des Britanniques pour l’esbroufe mystique. » J’ai écrit à mon amie Lucie, qui me faisait remarquer qu’il était tentant d’omettre cosmological, que j’avais aussi pensé à un étoffement du style « l’esbroufe sur fond de kitsch cosmologique » mais qu’il vaut mieux alléger avec un faux-sens (surtout quand le texte d'origine est un peu un non-sens).

 

9 h 25

Fini. 39.578 signes, soit 11% de foisonnement (y penser quand je relirai (sabrer)).

Je me suis fait rire – il faut bien – en imaginant deux traductions différentes des premiers mots du dernier paragraphe : Beyond these grace notes… Il s’agit de remettre en perspective les propos tenus par Nkrumah pour passer la brosse à reluire, mais de façon purement diplomatique, au gouvernement colonial britannique lors de l’ouverture du nouveau Parlement en 1951. J’ai donc feint d’hésiter entre « Nonobstant ce ton melliflu » et « En dépit de ces propos bienveillants ». Bien sûr, c’est la seconde solution que j’ai choisie (et d’ailleurs je crois même l’avoir écrite en premier).

 

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mercredi, 25 juin 2025

SecEM, 29 -°- une seccrétaire “bien charpentée” [criiiinge]

24 janvier

 10 h

    13.885 signes dans le chapitre 15.

 

13 h

Fini. Ça dépote. 15.155 signes, soit à peine en-dessous de 10%.

Quand j’envisage d’alléger, je me dis qu’une des manières de le faire serait de supprimer carrément les notations physiques que French se sent obligé d’ajouter dès qu’il introduit un nouveau personnage. Je dis bien personnage, car même s’il s’agit d’un ouvrage d’histoire, French, en cela, tente, non pas de romancer, mais d’écrire un peu à la façon d’un romancier. Or, il n’y arrive pas trop, car son modèle est celui du récit réaliste conventionnel, et cela débouche sur des notations que je trouve au mieux banales (et qui paraissent encore plus banales sous ma plume de traducteur que sous sa plume, pour être parfaitement honnête), et au pire embarrassantes ou problématiques.

Ainsi, quand il dit d’Erica Powell “the tall and handsome large-boned woman who served as [Nkrumah’s] English secretary”, il y a certes la profusion d’adjectifs, et donc l’excès d’informations, qui est en soi une difficulté dans le passage vers le français. Mais dans l’absolu je trouve que ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, car ces informations n’apportent rien. J’ai quand même traduit, après avoir longuement hésité à omettre entièrement ces trois adjectifs décrivant Powell physiquement : « Selon le témoignage d’Erica Powell, sa secrétaire, une belle femme, grande et bien charpentée… »

 

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mardi, 24 juin 2025

SecEM, 30 -°- of leaf and lead

25 janvier 2026

8 h

    Poursuivons. 35.698 signes dans le chapitre 16. Il faudrait en traduire les deux-tiers, disons.

 

12 h 30

Le diable – enfin, non (bref, je me comprends, on se comprend) – se cache dans les détails. Après avoir traduit six pages, je réussis à ne pas avoir l’esprit trop embrumé et à me rendre compte que la photographie du soldat afro-américain qui pleure au passage du convoi funéraire de Roosevelt ne peut pas se trouver, comme le texte l’annonce, dans un ouvrage publié par le magazine Life en 1944, vu que Roosevelt – et cela, il suffit d’avoir en tête la célèbre photo de Yalta pour le savoir – est mort en 1945. Je farfouille un peu sur le Web, et j’ai l’impression que l’épais volume que French cite de deuxième main – et Matthew Delmont ne donne pas de date dans son essai, que j’ai pu consulter – a été publié en 1950. Makes more sense.

 

Earlier this morning, j’ai fini par faire appel – et bien m’en a pris – à mes contacts Facebook pour résoudre un passage qui me demeurait incompréhensible. Je cite ci-après in extenso mon post Facebook et les commentaires :

OF LEAD AND LIMB (?)

Tiens, vu que mes interlocuteurices préféré·es sont en ligne, petite demande de conseil pour traduire une phrase de Du Bois citée par French :

_________________

Du Bois often lapsed into what one historian has called “a hyper-lyricism brought on by the sheer euphoria of having slipped the surly bonds of American racism.” “Africa is vegetation. It is the riotous, unbridled bursting life of lead and limb,” Du Bois gushed in one typical column. It was also “sunlight in great gold globules,” and “soft, heavy-scented heat,” that produced a “divine, eternal languor.”

___________________

Je n'ai trouvé nulle part l'expression “of lead and limb”. Et j'avoue ne pas trop la comprendre. Au vu du contexte, j'ai traduit comme suit, mais peu convaincu :

Du Bois tombait souvent dans ce qu’un historien a qualifié de « lyrisme outrancier provoqué par l’euphorie pure et simple d’avoir échappé aux dures entraves du racisme américain ». Pour citer une de ces chroniques pleines de ferveur : « l’Afrique, c’est la végétation, c’est la vie exubérante, débridée, qui fait craquer toutes les coutures […] c’est la lumière du soleil qui pleut en grosses perles d’or, c’est une chaleur douce et parfumée qui provoque à tout jamais une langueur divine ».

 

Commentaire 1 (Lily Margaux) : l'expression c'est “leaf and limb” : ça doit être une coquille.

Commentaire 2 (Laurent Vannini) : Je me demande tout de même si ton auteur-ice n'a pas subrepticement remplacé un f par un d. Of leaf and limb, dans un pays-végétation, ça me semblerait plus clair... même si aujourd'hui les balles volent tout autant que les feuilles au vent.

Commentaire 3 (Laurent V.) : S'iel a trouvé la citation dans une tribune numérisée de Du Bois, ça pourrait expliquer le clavsus.

Réponse de G.C. : Amusant qu'il fasse un lapsus deux lignes sous le verbe lapsed.

Commentaire 4 (Laurent V.) : l'article “International Powers: Energy and Progress in Dark Princess and Black Empire” de Walter Gordon par exemple, cite Du Bois et c'est bien ‘of leaf and limb’. Je peux te l'envoyer par messenger.

 

Entre mon ignorance de l’expression, le fait que j’avais le nez sur le guidon et l’incurie – sur ce coup-là – de Google qui n’a pas proposé de substituer l’expression identique à une lettre près, heureusement que l’aréopage facebookien m’a sorti de l’ornière.

 

26 janvier, 20 h 30

Trois heures de plus, ce soir, m’ont permis d’en venir à bout. 38.987 signes, on reste en-deçà de 10%.

 

06:15 Publié dans The Second Emancipation | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 23 juin 2025

SecEM, 31 -°- crackers

27 janvier 2026

6 h 30

    Levé depuis 4 h 50, je vais me mettre bientôt à la traduction du chapitre 17, assez bref (7 pages, 17.456 signes) ; ce sera bien si je traduis déjà cela, car j’ai deux autres tâches (relecture du mémoire de l’étudiante italienne + réunion en visio à 16 h autour du nouveau projet de MIC avec UKZN). Dans ce chapitre French parle surtout de Horace Mann Bond et d’Alphaeus Hunton (figure qui était inconnue de moi) ; même si je comprends la nécessité argumentative de ces allers-retours entre la lutte des droits civiques aux États-Unis et le Ghana, je trouve que ces chapitres alourdissent un peu l’ensemble de l’essai. Je note cela à la marge : je ne suis que le traducteur. Hier M* S* m’a très gentiment répondu, en confirmant ma lecture de crackers dans une célèbre citation de Macolm-pas-encore-X, en 1943, quand il cherchait à se faire réformer, mais sans indiquer si d’après elle cette citation a déjà été traduite en français.

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Les notes commencent à la page 447, donc en les excluant du calcul il me restera 240 pages à traduire après ce chapitre, soit 30 pages par jour en huit semaines : la ration a diminué, mais il faut dire que j’aurai traduit 80 pages en dix jours, soit ce que j’avais initialement prévu de faire, dans mon rétroplanning, entre le 31 octobre et le 5 décembre.

 

8 h 50

Je viens à peine de commencer. Les premiers albums, presque entièrement acoustiques, de Franco Battiato sont un accompagnement idéal (Za par exemple). C’est daté, au sens où on se doute que ça date du début des années 1970, mais c’est génial.

 

11 h 30

19.188 signes. 9,92%.

 

12 h

18.860 après une relecture qui n’a pas servi qu’à passer les ciseaux, donc 8%.

Tout à l’heure, en pleine traduction d’un paragraphe, j’ai eu comme un flash, un déclic soudain, alors que j’avais laissé pour plus tard la traduction du titre du chapitre, The Rape of Decency : « contre toute décence ». Le terme de rape, ici employé au sein d’une expression figée, est plutôt mal venu, car le chapitre n’a pas grand-chose à voir. J’ôte sans remords cette nuance.

 

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dimanche, 22 juin 2025

SecEM, 32 -°- une question d'animalisation

28 janvier 2026

9 h 30

    J’attaque le chapitre 18, qui s’intitule “The Negro Circuit”, de sorte qu’il va notamment falloir que je vérifie si cette expression a été traduite en français, dans des ouvrages de géopolitique par exemple. Flemme. En relisant le chapitre – je fais toujours cela, bien sûr, avant de me lancer à l’abordage – j’ai noté cette phrase dont la paronomase est une gageure : “He had gone Dutch during meals with her but slipped her clutches each time the prospect of a meaningful embrace seemed near.” À vrai dire, il y aussi la reprise meals/meaningful.

29.734 signes

 

11 h 30

Pas commencé, en raison notamment de deux conversations téléphoniques avec J.-B. pour la tournée autour de Notre Sœur Rabat-Joie. Nous allons finalement présenter le livre, avec Houéfa, le 29 avril à Bordeaux, le 12 mai à Paris, le 20 mai à Lille, le 27 mai à Tours et peut-être à Nantes et Toulouse en juin.

 

31 janvier, 9 h 15

J’ai traduit la moitié du chapitre 18 mercredi, et une ou deux pages avant-hier. Il me faut finir ce matin, et enchaîner sur le chapitre 19 cet après-midi. Comme je dois aussi regarder les quelques pages que B. R. a traduites en vue d’un dossier de traduction sur Devil on the Cross, ça va être chaud. Au moins, j’ai dormi mon soûl cette nuit, plus de huit heures – c’est énorme. Une fois ce paragraphe écrit, je vais commencer par aller me refaire un café, avant d’attaquer ces quatre pages.

 

10 h 35

Pour expliquer une de mes difficultés, je cite un paragraphe in extenso :

A famous comment by Eisenhower distilled his seeming indifference. At a White House dinner in 1954, while a Brown v. Board of Education decision was pending, the president turned to Earl Warren, the new chief justice of the Supreme Court, and asked him to consider the feelings of white parents in the Deep South. “These are not bad people. All they are concerned about is to see that their sweet little girls are not required to sit in school alongside some big Black bucks.”

 

La citation d’Eisenhower est à la fois très parlante, et tout à fait choquante. Elle rappelle bien sûr Trump décrivant les lyncheurs blancs de Charlottesville et les envahisseurs séditieux du Capitole comme des very good people. Ce qui me pose problème, c’est la traduction de big Black bucks. Il y a évidemment l’allitération, difficile à conserver, mais aussi l’animalisation des adolescents noirs (buck = chevreuil) ; or, on sait que l’animalisation est un des ressorts cruciaux de la racialisation. La citation n’a pas, semble-t-il, fait l’objet d’une traduction attestée par des historiens de langue française. Tout ce que je trouve, c’est un post Reddit qui, comme moi, traduit par « grands gaillards noirs ». Mais cette traduction, par défaut pour ainsi dire, ne me satisfait pas. Grands bestiaux ?

 

Capture.PNGAutre chose : hier, en cours de traductologie, j’ai dit, à propos des contraires négativés et positivés, que c’était un procédé auquel les traducteurices recouraient beaucoup, sans que je sache le quantifier. Et j’ai ajouté que, dans la traduction que je faisais en ce moment, je savais – sans avoir le temps de noter chaque occurrence – que c’était un procédé habituel. J’ai donc, ce matin, fluoroté dans une nouvelle couleur (en kaki, car je commence à être à court) les expressions pour lesquelles j’ai eu recours à ces paraphrases antonymiques. Eh bien, j’en compte cinq sur deux pages !

 

11 h 25

33.199 signes, ça a foisonné du feu de dieu, tabernak (11, 4%). Je vais aller me soulager le dos en allant jusqu’à la boulangerie.

 

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samedi, 21 juin 2025

SecEM, 33 -°- deux phrases omises de Langston Hughes

31 janvier, 13 h 35

    Le chapitre 19 est court (16.020 signes). Si je le traduis cet après-midi, j’aurai traduit exactement 10 chapitres et 100 pages en quinze jours (pas 14, vraiment 15). Symboliquement, c’est tentant, même si une affreuse migraine me ralentit beaucoup aujourd’hui.

 

17 h 40

18.064 signes. Il faudra retailler un peu. Je m’en suis beaucoup vu car je n’étais vraiment pas en forme. Mais c’est fait. J’ai dû, entre autres, aller chercher la traduction publiée des livres de Richard Wright Black Power (pas trouvé – j’ai laissé la très brève citation sous fluo jaune, afin de penser à vérifier ultérieurement) et de Langston Hughes, The Big Sea, que j’ai trouvée mais qui mérite que je copie-colle ici une note de bas de page que j’ai ajoutée (ce que je ne fais que sous la plus impérieuse contrainte) :

Langston Hughes. Les Grandes profondeurs, traduction française sans nom de traducteur. Paris : Seghers, 1940. Réédité sous le titre The Big Sea. Seghers, 2021 et Points-Seuil, 2022. Il est à noter que seules les trois premières phrases citées par Howard French sont données dans cette traduction. Les deux autres, omises dans la traduction publiée et seule disponible, ont été traduites par nos soins. [NdT]

 

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vendredi, 20 juin 2025

SecEM, 34 -°- le Ghana, toujours le Ghana

1er février

    Le chapitre 20 compte 25.643 signes. Aujourd’hui je ne ferai que l’effleurer.

 

2 février, 14 h

28.849 signes. Trop de foisonnement (12,5%), je vais relire et tenter de couper de ci de là. Il faut dire que ce chapitre, assez lourd – ou est-ce moi qui suis fatigué – a imposé quelques étoffements, comme lorsque je dois introduire la citation dans laquelle un historien anglais file la métaphore filée des deux chevaux (qui est l’équivalent du cul entre deux chaises).

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Autre phrase qui a fait écho à mon travail de l’année dernière sur Our Sister Killjoy : “This, indeed, mirrored the divisive politics of regionalism in much larger Nigeria nearby, whose north-south cleavage produced a devastating civil war in the 1960s.”

Voici, sous la plume d'Aidoo :

Our Sister tried to explain herself. That as far as she was concerned, Nigeria not only has all the characteristics which nearly every African country has; but also presents these characteristics in bolder outlines. Therefore, what is the point in persuading a friend to see the miniature version of anything when the real stuff is there ?

 

14 h 45

J’ai réussi à “descendre” à 28.355 signes.

 

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jeudi, 19 juin 2025

SecEM, 35 -°- maudites “NdT”

3 février, 15 h 30

    J’attaque seulement maintenant la traduction, du chapitre 21, qui ne fait que sept pages (18.988 signes), mais je suis bien émoussé déjà, après une bonne journée de travail, qui a commencé par un pan de mur s’effondrant

 

4 février, 5 h 25

Je m’y remets (4 pages hier, 3 à faire d’ici le petit déj). S’est posée la question du titre de chapitre 21, qui est une référence à – et en fait une reprise littérale – de celui de l’ouvrage, très connu dans le monde anglophone, de Benedict Anderson, et dont French reprend les termes au mot près plus loin dans le corps du chapitre ; or, il a évidemment été traduit sous un autre titre en français, de sorte que j’ai dû ne pas me servir de cette traduction préalable, et me fendre d’une note du traducteur (je déteste ça).

 

 

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6 h 40

Décidément, je déteste les « notes du traducteur », et en voilà une deuxième (ci-dessus).

 

Le chapitre traduit dépasse légèrement les 21.000 signes, donc de tête je flirte toujours avec les 12%.

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mercredi, 18 juin 2025

SecEM, 36 -°- bavardages non digressifs

4 février 2026

 9 h 30

    Ce chapitre 22 est vraiment d’une étrange brièveté : 7.409 signes, 3 pages. Je ne saisis pas bien ce qu’a voulu faire French : clore la deuxième partie sur ces quelques paragraphes qui racontent comment le gouverneur colonial a annoncé à Nkrumah la décision d’une date pour l’indépendance et le bref discours qui s’est ensuivi —— donc ne pas broder, se contenter du côté abrupt de cette transition qui était en germe depuis cinq ans ?

Ce matin, entre ma séance de travail nocturne et la reprise au bureau, j’ai poursuivi – au lit, en prenant tranquillement le petit déjeuner – ma lecture du Carnet de mémoires coloniales d’Isabela Figueiredo traduit pour Chandeigne par Myriam Benarroch et Nathalie Meyroune, et je suis tombé sur le début de la postface de Léonora Miano, qui décidément m’accompagne pas mal ces temps-ci (j’évoquais hier en vidéo sa traduction et sa lumineuse préface de l’ouvrage de Carlos Moore). Elle écrit notamment :

[L’]autre dimension que l’on peut qualifier de secrète puisqu’elle est encore très peu étudiée, encore moins exposée, se rapporte à l’imprégnation du vécu des colons eux-mêmes par la relation nécessairement viciée avec ceux auxquels une présence inamicale fut imposée. (pp. 215-6)

 

Il me semble qu’un bon tiers de l’œuvre romanesque de Lobo Antunes explore, avec une extraordinaire ambivalence, cette facette-là.

Je continue mon bavardage, avant de m’atteler à ces trois pages. (Ça va finir comme la naissance du narrateur dans Tristram Shandy, cette affaire. Non, il ne faut pas les souhaiter. Je ne rendrai pas l’argent !)

Je continue mon bavardage.

Ce matin, voyant passer sur le compte Facebook du CRAL – Centre de Recherches sur les Arts et le Langage, l’annonce d’une soutenance de thèse à Cagliari dont le titre est La traduction comme poétique. Édouard Glissant, Paul Ricœur : expériences et regards croisés (son autrice Sara Aggazio), je n’ai pu m’empêcher de noter en commentaire une rumination qui me taraude depuis longtemps et à laquelle il faudrait s’attaquer avec davantage de substance :

Un point intéressant à regarder est qu'aucun des deux n'a rien traduit, et que leur plurilinguisme effectif est mal documenté (par exemple, Glissant, qui a tant écrit sur Faulkner et s'en est tant inspiré, le lisait en traduction). Bonne soutenance à toustes et félicitations anticipées à notre collègue ! Il me tarde de lire votre travail.

 

Hier matin, dans la deuxième séance du séminaire que je co-dirige à l’EHESS, après une de mes interventions, dans laquelle je tentais de pointer le caractère complexe du rôle joué par Sartre dans les années 50, de par ses préfaces à Fanon comme à Memmi mais aussi avec Orphée noir, texte sur la négritude qui est plus cité et plus disponible tout simplement que la plupart des écrits théoriques de Senghor ou Césaire sur le sujet, et comme donc j’avais dit que Sartre préfacier et médiateur était peut-être aussi (involontairement) un confiscateur, ou un dévoileur/voileur de ces paroles très fortes et très structurées de l’anticolonialisme, voici ce qu’une des étudiantes a écrit dans la conversation :

Je m'interroge sur ce séminaire... Je crois que je comprend pas pourquoi on a un discours sur "l'histoire du médiateur ou on passe par le blanc pour faire passer les choses". Est-ce que là, on reproduit pas la même chose ? Est ce qu'il est prévu que des personnes non blanche interviennent dans ce séminaire ? Comment vous vous êtes posé la question pour ce séminaire ? Désolée si j'offense des personnes intervant.e.s enseignant.e, on ne voit pas tout le monde en visio. Est- ce que serait possible de vous situer avant de parler ? Mo', blanc.he et classe sociale non bourgeoise. Merci. (Ps : je préfère ne pas prendre la parole à l'oral, d'où cet écrit).

 

La question de la positionnalité avait été discutée lors d’une pré-séance de décembre, et j’avais également expliqué comment je me situais avant ma première intervention le 20 janvier. On en a reparlé, du coup.

 

11 h 15

7.774 signes. C’est étrange que le coefficient ne soit que de 4% cette fois-ci. Ai-je oublié de traduire une phrase ???

Bon, je vais aller chercher le pain à la boulangerie.

 

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mardi, 17 juin 2025

SecEM, 37 -°-

8 février 2026, 10 h 15

    Trois jours sans traduire, mais j'avais énormément de travail (je n'ai pas amusé le terrain). Ce matin encore, trois heures de travail avant de pouvoir m’atteler au chapitre 23. Toujours partagé entre la tâche à accomplir – et il me reste 200 pages à écluser en à peine sept semaines – et ma casquette de chercheur, car, par exemple, telle remarque ultra raciste de Nixon que cite French dans ce chapitre aide aussi à recontextualiser la très récente publication de Trump caricaturant le couple Obama en singes, et qui montre que le racisme et le suprémacisme blanc sont profondément ancrés dans la pensée politique majoritaire états-unienne ; cela explique évidemment pourquoi le racisme systémique exprimé si régulièrement par Trump ne l’a absolument pas empêché d’être élu deux fois président des États-Unis.

22.168 signes, il faudrait que je traduise tout aujourd’hui, mais il y a le rassemblement contre les lobbies agro-industriels et la loi Duplomb II à 14 h 30, et un dîner ce soir chez notre ami E.R. à Saint-Genouph. Gros coup de collier à prévoir de lundi à mercredi.

 

17 h 20

Après une jolie promenade consécutive à la manifestation place Jean-Jaurès, et un thé dans le nouveau salon rue Pinaigrier, me voici face à l’écran pour tenter de boucler les deux pages manquantes avant de repartir.

 

18 h 20

23.809 signes, donc en-dessous de 10%.

Quelques phrases bizarrement tournées dans le texte anglais ; ce chapitre a-t-il été aussi bien relu que les autres ?

 

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lundi, 16 juin 2025

SecEM, 38 -°- avec Baldwin traduit par Darrieussecq

9 février 2026, 7 h 45

    Me voici donc à pied d’œuvre pour le très bref chapitre 24 (11.530 signes) ; cela signifie toutefois que je vais aboutir à 8 feuillets, et que j’ai déjà fixé la traduction du chapitre suivant (bref également) pour ce même lundi. J’ai aussi regardé les statistiques totales pour ce fichier Word, qui dépasse désormais les 700.000 signes, alors qu’il me reste 170 pages bien serrées à traduire…

Pour le titre du chapitre, délibérément redondant (Keep On Keeping On), je ne trouve pas de répétition lexicale évidente ; or, je souhaiterais la conserver. Pour le moment, je n’ai qu’un pléonasme (« continuer de persévérer »).

 

9 h

Ça devait être rapide, ça ne le sera pas.

Dès le deuxième paragraphe, je dois chercher, car le texte en cite une demi-phrase, la traduction française des Notes from a Native Son de Baldwin, traduit deux fois, la seconde – et la seule accessible en ligne – par Marie Darrieussecq. Or, je m’aperçois (comme je m’en étais douté) que French fait un contresens sur la phrase de Baldwin, ou plutôt, qu’en la décontextualisant, il en déforme la portée. Il la tord ; il a tort.

Voici ce qu’écrit French :

The most insistent but by no means the only chronicler of the emancipation moment was the Pittsburgh Courier. Writing near mid-century, James Baldwin had extolled the paper, saying that it “reflects with great accuracy the state of mind and the ambitions of the professional, well-to-do Negro who has found a place to stand.”

 

L’idée qu’il s’agisse d’un éloge m’avait fait tiquer, car, sans connaître extrêmement bien Baldwin, je sais qu’il était très critique de la bourgeoisie hétéropatriarcale afro-américaine, des assis comme eût dit Rimbaud. Or, j’entends dans ce « a place to stand » quelque chose de cet ordre : ils sont installés, ça leur suffit, pourquoi se battre. De fait, si on reprend tout le passage (que je vais donc citer, car c’est ce que j’ai sous la main dans l’immédiat, dans la traduction française de Marie Darrieussecq), on comprend que, loin d’être un éloge, c’est une critique, ou un éloge sarcastique à tout le moins :

Les seuls autres journaux sur ce créneau ayant des ventes significatives dans Harlem sont le Courier de Pittsburgh, qui a la réputation d’être le meilleur du lot, et l’Afro-American, qui ressemble au Journal-American de New York dans sa mise en page et sa typographie, et semble faire un effort considérable bien qu’infructueux pour être à la fois lisible, intelligent et passionné. Le Courier est un journal haut de gamme, qui atteint des sommets dans les nouvelles mondaines et dans les chroniques de George S. Schuyler, dont la sérénité olympienne me met en fureur, mais qui, je dois l’admettre, reflète avec une grande acuité l’état d’esprit et les ambitions du Noir aisé, doté d’une bonne profession, le Noir qui a gagné sa place au soleil. M. Schuyler, connu pour un roman satirique que je n’ai pas lu, intitulé Black No More, est énormément aidé dans sa position par une épouse blanche distinguée et une fille prodige — on la considère sérieusement dans certains cercles comme la preuve de cette incompréhensible croyance selon laquelle l’accouplement Blanc-Noir est plus susceptible de produire du génie que n’importe quelle autre combinaison.

 

Ainsi, que faut-il faire ? Dois-je conserver le contresens (au risque qu’on pense que c’est le traducteur qui se trompe) ou restituer la vérité des propos et de l’intention de Baldwin, fût-ce par un ajustement modeste ? Pour l’instant, j’ai tenté quelque chose du côté de la deuxième option, en effaçant simplement le verbe extol : « En 1955, James Baldwin avait dit de ce journal qu’il… »

 

11 h 20

12.968 signes (c’est trop). À revoir plus tard. De toute façon, je compte faire ce que je n’avais pas fait pour Born in Blackness, quand j’aurai fini : tout imprimer et tout relire sur papier, stylo en main. Dans l’avant-dernier § il y a une autre erreur ; French cite le sermon de Martin Luther King au retour du Ghana et lui fait dire à sa congrégation “you can break aloose from evil and nonviolence, through a lack of bitterness”, ce qui n’a aucun sens. La véritable phrase est évidemment différente : “you can break aloose from evil through nonviolence, through a lack of bitterness”.

J’ai déjà écrit à H.F. pour lui signaler deux ou trois erreurs, mais je suis ici embarrassé : si je lui écris à chaque fois, ça fait vraiment casse-pieds ; si je ne lui écris pas, il peut s’imaginer, si entre-temps telle ou telle petite erreur lui a été signalée, que je traduis sans comprendre, et donc que je traduis en reproduisant des erreurs. Je note ça ici, et peut-être qu’à un moment donné je ferai un tir groupé.

 

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dimanche, 15 juin 2025

SecEM, 39 -°- lecture (complémentaire) d'un article de 1957

9 février 2026, 14 h 40

    Je vais m’attaquer au chapitre 24 (14.046 signes), mais nous partons dans moins d’une heure (au cinéma). Il faut dire que j’ai passé une bonne heure à mettre en ligne le podcast de l’émission diffusée ce matin et à en faire la promotion sur les réseaux sociaux. Peut-être traduirai-je une heure ce soir mais je compte surtout me coucher tôt pour être en meilleure forme demain.

 

10 février, 8 h 40

Levé tôt (4 h 15) j’ai pu traduire presque tout le chapitre ce matin (hier, je l’avais surtout lu et relu). 15.040 signes (7%).

Le chapitre parle de la confrontation – feutrée, au moins au début – entre Nkrumah et Houphouët-Boigny, et cela m’a permis de lire (grâce à Catherine M*, abonnée au Monde et qui me l’a envoyé en lecture intégrale) un article de 1957, dans lequel je n’ai pas trouvé les citations de Houphouët-Boigny en français, mais qui est tout à fait édifiant. Je le reproduis ici (après tout, c’est aussi cela qu’implique un tel chantier de traduction, une sorte d’aller-retour entre les tâches de traducteur, d’historien, de linguiste et de fouineur d’archives).

 

Le défi de M. Houphouet-Boigny au Dr Nkrumah

 

Par ANDRÉ BLANCHET

Publié le 17 avril 1957
 

Abidjan - En 1947, dans un hôtel du VIIème arrondissement, deux hommes à la peau noire se rencontrent pour la première fois et se reconnaissent comme cousins à la manière dont peuvent l'être Poitevins et Charentais ; mais la frontière tirée entre leurs deux tribus par les puissances coloniales a fait du Baoulé Félix Houphouet un député de la Côte-D'ivoire à l'Assemblée nationale française et de son interlocuteur apollonien (1). Kwamé N'Krumah, un militant du mouvement panafricaniste de Londres. Rendus étrangers l'un à l'autre par la langue et la culture, peut-être ne se fussent-ils pas retrouvés sans leur affiliation - toute de circonstance au demeurant - à un parti communiste européen, qui a fait choisir Félix Houphouët-Boigny, de préférence à d'autres leaders africains plus modérés, pour recevoir à Paris ce docteur N'Krumah dont personne en Afrique n'a jamais entendu prononcer le nom et que ses propres compatriotes de la Côte-de-l'Or ont eu le temps d'oublier depuis treize ans qu'il poursuivait ses études aux États-Unis et en Angleterre. Cependant leurs entretiens* porteront moins sur l'idéologie marxiste que sur leur commun souci du devenir politique de l'Afrique et sur les moyens propres à briser le joug colonial.

Aux dirigeants du Rassemblement démocratique africain (R. D. A.), Kwamé N'Krumah propose alors la constitution d'un parti politique commun aux territoires français et britanniques. Pour réponse ses interlocuteurs, tous parlementaires, l'introduisent au Palais-Bourbon où il voit des représentants de l'Afrique noire siégeant côte à côte avec les élus de la métropole. Force lui est de convenir qu'une telle association serait inconcevable dans le système britannique. Dès cette époque-là l'effort des uns et des autres pour émanciper les masses africaines progressait donc par deux voies nettement divergentes. On se donna rendez-vous à dix ans pour confronter les résultats.

Vendredi 5 avril 1957. Dix années ont passé. Félix Houphouet et Kwamé N'Krumah ne se sont pas revus depuis la rencontre de Paris. Une tornade est en train de se former au-dessus d'Abidjan, noircissant le ciel d'où va descendre le DC-4 d'Air France que le premier ministre du Ghana a choisi d'emprunter en modeste passager et à bord duquel il embarquait une heure et demie plus tôt à Accra, dans un demi-incognito. Sur l'asphalte brûlant du terrain de Port-Bouët (2) un ministre de la République française va l'accueillir, qui n'est autre que son ami, son "cousin" Félix Houphouet. Deux grands destins vont se joindre pour quelques heures, deux conceptions de l'Afrique s'affronter à travers les deux hommes qui surent les faire prévaloir dans la réalité et les personnifier en eux-mêmes : l'idéal d'une indépendance complète, accompli un mois plus tôt par Kwamé N'Krumah en accord, avec la Grande-Bretagne : celui d'une communauté franco-africaine, ratifié le dimanche précédent par les millions d'Africains qui, de Dakar à Brazzaville, votaient pour le parti d'Houphouet-Boigny.

Comment ne pas avoir le sentiment qu'au rendez-vous des deux leaders toute l'Afrique est présente, et que de leur dialogue dépendra dans une certaine mesure l'évolution politique du monde noir ? Que les témoins de cette accolade historique en conçoivent de l'exultation ou de l'appréhension, qu'ils y assistent en figurants officiels ou en simples curieux, il leur serait difficile de ne pas se sentir étreints par la solennité de l'instant.

 

L'accueil de l'administration...

En est-il beaucoup toutefois pour avoir médité sur le geste chevaleresque d'une puissance " coloniale " assez sûre d'elle-même pour accueillir amicalement dans ses territoires d'outre-mer l'homme qui se pose - et n'en a jamais fait mystère - en libérateur de l'Afrique entière ? Imaginerait-on par exemple les Portugais invitant à Goa, dernière enclave européenne dans la péninsule, M. Nehru, premier ministre de l'Inde indépendante ? M. N'Krumah ne pouvait qu'être sensible à ce fair-play, quand bien même s'y fût-il attendu, lorsqu'il avait fait connaître au gouvernement français, par la voie diplomatique normale, son désir de séjourner en Guinée à titre privé et de visiter Abidjan au passage.

Aussi bien ne devait-il laisser paraître à aucun moment la moindre animosité, ni même la moindre réserve à l'égard des officiels français ni des Européens de Côte-d'Ivoire, pas plus qu'il ne refusa l'avion particulier du haut commissaire. M. Cusin, pour se rendre d'Abidjan à Kankan, puis de Kankan à Accra, ni ne rechercha l'hospitalité de ses frères africains de préférence à celle qui lui fut offerte à Abidjan par le directeur de la Banque d'Afrique occidentale, à Kankan. par l'administrateur commandant le cercle (3). A cet homme d'État noir, qu'elle reçut en voisin, l'administration française ne fit donc pas un accueil très différent de celui qu'elle eût fait au gouverneur anglais du temps que le Ghana s'appelait encore la Côte-de-l'Or.

 

... et celui du R.D.A.

Bien que l'initiative ne fût pas venue de lui et qu'il en eût même, dit-on, conçu quelque humeur, M. Houphouet ne pouvait pas ne pas accueillir lui-même le Dr N'Krumah, surtout après avoir déjà décliné l'invitation de ce dernier à se rendre aux fêtes de l'indépendance du Ghana. Il lui fallut donc décommander la réunion du comité de coordination du R.D.A., prévue à Abidjan pour le 5 avril avec la participation de tous les membres du groupe parlementaire. Si bien que seuls les dirigeants du mouvement en Côte-d'Ivoire se trouvaient dans la capitale à l'arrivée du premier ministre A part eux celui-ci n'aura donc eu de contacts, du moins à Abidjan, qu'avec le député maire de Conakry, M. Sékou Touré, venu à sa rencontre pour l'accompagner ensuite en Guinée, et avec M. Gabriel d'Arboussier, élu du Niger et futur président probable du Grand Conseil de l'A-O.P., seul parmi les dirigeants du R.D.A. à pouvoir s'entretenir directement avec M. N'Krumah en anglais. Encore M. d'Arboussier dut-il quitter Abidjan pour Dakar quelques heures après l'arrivée des visiteurs ghanéens.

C'est seulement lors de son second et très bref passage à Abidjan sur le chemin du retour, le samedi 13 avril, que le premier ministre du Ghana aura pu entrevoir au complet l'état-major du R.D.A., celui d'A.-E. F. comme celui d'A-O.F., convoqué en “comité de coordination” à partir du 15. Entre les uns et les autres la barrière de la langue devait de toute manière limiter singulièrement les échanges de vues, dont il n'apparut d'ailleurs pas qu'ils fussent recherchés avec beaucoup de chaleur, sauf par les deux leaders. Deux formations aussi différentes que l'anglaise et la française, deux systèmes politiques sans vrai dénominateur commun, auraient-ils d'ores et déjà façonné en Afrique deux types d'hommes incapables de se comprendre, voire de sympathiser ?

Peut-être leur manque-t-il d'abord d'être exactement informé les uns sur les autres. Si l'on ne repérait dans Abidjan, à l'arrivée du premier ministre, aucun drapeau du Ghana - pourtant le voisin immédiat de la Côte-d'Ivoire, - c'est tout simplement parce que nul, fût-ce parmi les hommes politiques, n'en connaissait les couleurs ni la disposition exactes. Si M. N'Krumah, dam son discours public, remercia en premier lieu le gouverneur puis après lui M. Houphouet, il serait absurde de soupçonner dans ce manquement au protocole une arrière-pensée désobligeante à l'égard de son ami ; ce premier ministre d'un dominion dans lequel le chef de l'État reste le gouverneur général transposait visiblement en territoire français ce système constitutionnel, sans bien se rendre compte des prérogatives attachées à la qualité de membre du gouvernement de la République. Il ne semblait pas connaître davantage l'existence de la voie ferrée joignant Abidjan à Ouagadougou, non loin pourtant des frontières septentrionales de son propre pays.

C'est ainsi que beaucoup de choses l'étonnèrent manifestement lors de sa visite d'Abidjan, ville au développement extraordinaire et qui pourrait rivaliser avantageusement avec Accra par le modernisme heureux de ses constructions ; jamais le port n'avait été montré à un visiteur plus sérieux, plus ardemment intéressé, et M. N'Krumah aura été le premier personnage officiel à franchir, un mois avant sa mise en service, l'ouvrage d'art exceptionnel que constitue le nouveau pont à deux étages unissant les quartiers du Plateau et de Treichville.

 

Deux conceptions s'affrontent

Ces réalisations techniques - on l'imagine sans peine - fournissaient à M. Houphouet, assis à gauche de son invité dans une voiture découverte, autant d'arguments à l'appui de sa thèse fondamentale, celle de l'indispensable participation de la France à l'équipement de ses territoires africains. C'est un véritable défi que lançait au premier ministre du Ghana le député, maire d'Abidjan lorsqu'il lui prédisait que dans dix ans, grâce à cette aide de la métropole, la Côte-d'Ivoire aurait dépassé son voisin dans le domaine économique et social. De cette certitude on sent M. Houphouet profondément pénétré. Ses longues discussions avec Kwamé N'Krumah - tenues quelquefois en patois de la côte du Bénin, mais plus souvent par le truchement de M. Chambard, conseiller diplomatique du haut commissaire de France - n'eurent guère d'autre thème, l'idéal d'une “communauté franco-africaine à base d'égalité et de fraternité” étant constamment opposé par lui au principe de l'indépendance pure et simple. C'est ce qu'il réaffirma devant la foule des invités lors de la réception fort animée qu'il donna dans le très moderne palais de l'Assemblée territoriale.

A cette occasion, le premier ministre du Ghana laissa se déchainer de façon un peu intempestive son tempérament bien connu de tribun, cédant peut-être inconsciemment à l'atmosphère de réunion publique créée par la présence d'un fort contingent de Ghanéens d'Abidjan - reconnaissables à leur toge, - dont ses propres ministres et les autres membres de sa suite scandaient eux-mêmes les ovations à grand renfort de cris et de gestes frénétiques. Cette démonstration, dans laquelle ils ne reconnaissaient guère le flegme prêté à leurs frères de l'ancienne Côte-de-l'Or anglaise, figea de stupeur la plupart des invités ivoiriens, et cela d'autant plus que la traduction de sa harangue ne devait pas révéler des prises de position particulièrement incendiaires. En eût-il formulé d'ailleurs que M. Houphouet n'eût pu les laisser passer et se fût cru tenu de répondre. Ceux qui déconseillèrent à M. N'Krumah d'évoquer les affaires d'Afrique du Nord lui ont vraisemblablement épargné un affront dont tout le monde eût été gêné.

Il n'en reste pas moins que l'unique discours public du premier ministre prit le tour d'un véritable plaidoyer pour l'indépendance des peuples d'Afrique et fut certainement écouté par plus d'un Ivoirien avec un sentiment de fervent espoir, en tout cas d'admiration. Si l'on peut tenir pour assuré que la quasi-totalité des élus de la Côte-d'Ivoire. et notamment les soixante conseillers territoriaux, tous membres du R.D.A. ou sympathisants de ce mouvement, sont résolus à travailler dans le même sens que M. Houphouet, leur leader encore à peu près incontesté, on ne saurait toutefois sous-estimer le prestige dont un Kwamé N'Krumah apparaissait paré aux yeux de l'homme de la rue du manœuvre de Treichville et d'Adjamé. Dans tous ses déplacements à travers ces quartiers africains de la capitale des groupes aux visages extasiés et heureux se portaient spontanément vers sa voiture, sans jamais constituer toutefois une foule imposante.

 

Tête-à-tête avec M. Sékou Touré

Il n'est pas interdit d'imaginer que les démonstrations d'enthousiasme eussent été plus délirantes encore à Conakry si le bouillant député-maire de cette ville, M. Sékou Touré, avait pu convaincre le Dr N'Krumah de visiter la capitale de la Guinée après son pèlerinage à Kankan sur la tombe du chérif Fanta Madi. Mais, soit par lassitude, soit sur la prière de M. Houphouet ou des autorités françaises, le premier ministre refusa finalement de se prêter à ce qui eût constitué surtout une manifestation de prestige au bénéfice de M. Sekou Touré, l'enfant terrible du R.D.A. D'avoir pu observer à Abidjan la fascination que paraissait exercer sur ce dernier le personnage du visiteur ghanéen, et s'inquiétant du tête-à-tête de plusieurs jours qu'eurent à Kankan les deux hommes (même si leurs conversations passèrent par le truchement d'un diplomate français), certains n'ont pas manqué de prêter à M. Sékou Touré l'ambition secrète de devenir le N'Krumah de la Guinée, voire de toute l'A.-O.F.

Cette attirance ne semble pas avoir été ressentie particulièrement par ses camarades de la Côte-d'Ivoire, qu'on ne vit guère fraterniser avec la suite de M. N'Krumah. Aussi bien ne désignaient-ils jamais les visiteurs que du nom d'" Anglais ", sans doute parce qu'eux-mêmes se considèrent comme Français... Quant à évoquer entre eux la possibilité de préparer ces États-Unis d'Afrique, chers au cœur du Dr N'Krumah, cela n'eût pu que tourner au dialogue de sourds, comme ce fut le cas entre leurs deux leaders. A la suggestion que lui en fit son visiteur, M. Houphouet répliqua en demandant si le Ghana était prêt pour autant à quitter le Commonwealth et la zone sterling, question qui ne pouvait comporter qu'une réponse négative ; dans son discours public le premier ministre confirma d'ailleurs, l'intérêt que voit son pays au maintien de ses liens avec le Commonwealth. Peut-être sa visite en Côte-d'Ivoire lui aura-t-elle aussi révélé que d'éventuels États-Unis d'Afrique, loin de conférer obligatoirement le leadership au Ghana, risquaient fort de faire éclipser celui-ci par les revendications d'une A.-O. F. quatre fois plus peuplée que lui, sans même parler d'une Nigeria forte de ses trente-quatre millions d'habitants.

Pas plus que l'exemple du Ghana ne joua de rôle dans la campagne électorale de mars en A.-O.F., aucun parti ni aucun candidat ne paraissant l'avoir même invoqué, il ne semble pas davantage que la visite " historique " de M. N'Krumah en Côte-d'Ivoire et en Guinée – sa première sortie hors de son pays au lendemain de l'indépendance – doive dans l'immédiat influencer la vie politique des territoires français ni contrarier l'expérience de véritable autonomie interne qui va s'amorcer dès le mois prochain avec la désignation des conseils de gouvernement issus des élections du 31 mars.

 


(1) Les Apolloniens constituent une des races principales du sud de Ghana.

(2) Le terrain d'aviation d'Abidjan.

(3) Chaque territoire de l'A.-O. F. est divisé en un certain nombre de " cercles ".

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samedi, 14 juin 2025

SecEM, 40 -°- deux phrases, une de De Gaulle, l'autre à son propos

10 février, 9 h 45

    Le chapitre 26 compte 18.230 signes ; il est intitulé Quand on refuse on dit non, par un emprunt implicite au titre du livre posthume de Kourouma, ce qui donne plus de profondeur encore à son sujet,  la relation trapézoïdale (je veux dire par là dissymétrique) entre Nkrumah, Sékou Touré, Houphouët-Boigny et la France (De Gaulle).

 

16 h

19.021 signes dans ma traduction, soit un foisonnement très restreint, ce qui ne m’étonne pas car je sais que j’ai abrégé très ponctuellement, surtout car il y avait au moins deux ou trois phrases très redondantes, et aussi parce que le contexte français (il s’agit du défi de Sékou Touré à De Gaulle) permet d’omettre des points que French prend cinq ou six mots pour éclaircir.

À propos de De Gaulle, deux références problématiques.

Capture.PNG

 

L’une provient du livre que cite French, que j’ai consulté rapidement, et qui ne casse pas des briques, The Profile of Political Leaders de Jaap van Ginneken (2016) : l’auteur cite, sans aucune référence, quelqu’un qui aurait dit de De Gaulle jeune ce que je traduis ainsi : « Il se distinguait moins par sa taille que par son ego, dont les rayons puissants portaient loin. »

Il faudrait aller éplucher Lacouture e tutti quanti ; pas le temps ; les gaulliens fervents s’étriperont ; qu’importe.

L’autre est une citation de De Gaulle lui-même, en 1958, dont French dit qu’elle est « célèbre », mais que je retrouve de fait en anglais dans un nombre infini de sites, mais pas du tout en français. Il se pourrait que De Gaulle ait lancé ces mots à un journaliste anglophone, qu’elle ait été uniquement diffusée en traduction anglaise, et fait florès dans le monde anglophone : « Great circumstances bring forth great men. Only during crises do nations throw up giants. » Je n’exclus pas de faire un petit appel au peuple de Facebook, qui m’a déjà sorti de semblables ornières. Pour l'instant j'ai laissé mon premier jet sous fluorotage jaune.

 

(J'ai appris hier qu'on disait evidenziatore pour “surligneur” en italien. J'adopte.)

 

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